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 Willow Evans

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Biket
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MessageSujet: Willow Evans    Mer 14 Fév - 18:25

Nom : Evans
Prénom : Willow
Surnom : Willie
Date/Lieu de naissance : 22/09, Nottingham, Angleterre
Âge : 19 ans
Nationalité & origines : Anglaise
Situation maritale : Célibataire
Orientation sexuelle : Bisexuelle.
Occupation : Patiente
Ancienneté à ostrov island : Quelques semaines tout au plus
Maladie(s) : Automutilation, anxiété, dépression clinique
Avatar : Zendaya Coleman
Groupe : Lycoris Sanguinea


CARACTÈRE : Renfermée - Irritable - Lunatique - Observatrice - Nonchalante - Protectrice - Nerveuse - Patiente - Menteuse - Sensible - Possessive - Parfois violente - Parfois agressive dans ses mots - Pas bavarde - Têtue - Fière - Compréhensive

HISTOIRE : « Eh Willie, pourquoi tu fais ça ? »

L’adolescente de seize ans se tourne vers son amie assise à côté d’elle. Emma regarde l’horizon. Elle a laissé ses yeux se perdre dans le vague, contemplant la fine ligne séparant la terre du ciel. Ce n’est pas la première fois qu’elle lui demande ça. Ce ne sera sûrement pas la dernière. À moins que Willow ne finisse par couper les ponts avec elle, mais elle en est incapable. Emma est là depuis le début. Elle ne sait pas tout parce que la vérité est bien trop effrayante pour que Willow puisse la lui dire crue, sans rien enjoliver du tout. Elle ne veut pas faire fuir Emma. Elle ne veut pas perdre son pilier. Celle qui essaie de l’aider même si elle n’y comprend rien. Celle qui a tout découvert. Comme quoi, parfois, les manches longues ne suffisent pas et les faux sourires non plus. Rire et tenir une conversation non, ça ne suffit plus. Il faut sourire avec les yeux, avoir cet éclat dans le regard. Le problème de Willow, c’est qu’elle n’a jamais su tricher avec les yeux. Et ce, depuis ses treize ans. Pourtant, rien n’aurait dû changer. Tout aurait dû aller bien. Parce que tout va toujours bien et que les mauvaises choses n’arrivent qu’aux autres, n’est-ce pas ? Willow avait tout pour être heureuse mais n’a pas su s’en contenter. Au fond, elle a toujours su qu’elle était égoïste.
Pourtant, elle a sa famille. Enfin, sa mère, son beau-père et sa demi-soeur. Ce qui est plus qu’elle ne peut espérer. Elle ne fait pas partie de l’une de ces familles brisées, pas du tout. Son père, elle ne l’a jamais vu plus de cinq fois dans sa vie entière. Elle ne l’aime pas, son père. Elle n’a jamais réussi à l’aimer. Qui délaisse sa femme et sa fille avant même la naissance de celle-ci ? Un enfoiré. Un connard. Une personne à laquelle Willow se refuse de penser trop longtemps. La dernière fois qu’elle l’a vu, tout ne s’est pas passé comme prévu, le ton est monté et la jeune fille a fini en pleurs. Mais c’était il y a trois ans maintenant.

« Willie ? »

Emma s’impatiente à côté d’elle, mais Willow est partie trop loin dans ses pensées, elle n’obtiendra pas de réponse de sitôt. Willow est repartie loin en arrière, alors qu’elle était encore jeune, encore une enfant. Elle se souvient de son doudou, un chat blanc qu’elle a gardé jusqu’à l’âge de six ans. Elle n’en voulait plus, elle voulait être une “grande”, ressembler à sa soeur de huit ans qui lui paraissait si grande, si mature. Alors elle a jeté son doudou en disant à sa mère qu’elle n’en voulait plus. Et elle n’a pas dormi de la nuit. Maintenant qu’elle y repense, c’est peut-être à cause de cet épisode qu’elle a encore des problèmes pour dormir. Elle ne dort jamais beaucoup, deux heures, quatre si elle est chanceuse. Ses cernes ne la quittent plus. Petite, néanmoins, elle était déjà fière, elle ne voulait pas récupérer son compagnon de nuit. Elle voulait rester une “grande”. Quitte à ne plus dormir. Elle a grandi comme ça, en ne dormant pas beaucoup et à force, la fatigue est devenue sa nouvelle compagne, comme pour remplacer le doudou rejeté. Willow n’a jamais rien dit à sa famille quant à ses nuits dénuées de sommeil. Elle a préféré taire ce qui n’allait pas, tout comme elle le fait aujourd’hui. Dix ans ont passé et pourtant rien ne change.
À côté d’elle, Emma tend la main pour la bousculer légèrement par l’épaule. Aussitôt, Willow se lève et se dérobe à ce contact, son attention désormais entièrement accordée à son amie. Elle déteste le contact. Du moins l’inattendu. Elle n’a jamais été très tactile, a toujours refusé les câlins de sa mère, les bises de ses deux trois amis, même venant de sa demi-soeur, elle n’a jamais su accepter facilement le contact. Elle se tend, réagit au quart de tour et ne comprend même pas pourquoi. Elle sait juste qu’elle ne le supporte pas.

« Tu le sais très bien. »

Oui. Emma le sait. Emma sait pourquoi Willow porte des manches longues, pourquoi elle se tait, pourquoi elle passe plus de temps seule dans sa chambre qu’à sortir avec des gens de son entourage. Elle sait que si Willow est capable de garder un sweat pendant des journées de quarante degrés, c’est pour que personne ne voie les cicatrices et les marques récentes. Elle sait que si son amie ne porte jamais de short, c’est pour qu’on ne voie pas les brûlures sur ses cuisses. Elle sait que si elle ne se baigne jamais en maillot de bain, c’est pour qu’on ne voie pas son ventre défoncé. Elle sait que les mots ont plus d’impact que les actes sur Willow. C’est sans doute pour ça que quelques-uns sont gravés à même sa peau. Encre rouge sur fond blanc. Freak. Fat. I’m fine. Smile. Des mots simples. Des mots durs. Emma sait que cela a commencé à treize ans après la cinquième rencontre entre Willow et son père. Que les mots ont été durs dans les deux camps, que Willow n’a jamais su se protéger des mots et qu’ils ont fini par lui mordre durement la peau cette nuit-là. Emma était là, la première fois que Willow a cessé de sourire, a arrêté de rire aussi souvent qu’elle le faisait, quand elle a commencé à avoir peur de tout. Peur que l’on voit ses bras, ses cuisses, son ventre, peur d’aller vers les autres, peur de passer un oral, peur de simplement dire “bonjour” à quelqu’un, peur d’être dans une foule, peur d’être touchée, peur d’être jugée. Peur d’un million d’autres choses qui paraissent normales pour les gens normaux.
Mais Emma ne sait pas un tas d’autres choses et cela lui fait mal.
Et Willow l’ignore.
Ou du moins, c’est ce qu’elle prétend. Ignorer le mal qu’elle inflige aux autres. Elle sait très bien qu’elle impose l’inquiétude à Emma. Elle croyait que son amie aurait pu l’aider, elle n’avait que treize ans, elle était seule et perdue, elle avait eu besoin de cette main que tout le monde cherche, cette main à laquelle s’accrocher pour ne pas sombrer. Willow ne savait pas dans quelle tourmente elle allait embarquer son amie. Elle pensait que son mal passerait, qu’elle ne finirait pas comme “toutes ces filles” dont elle avait pu entendre parler, qui se déchiraient les poignets pour vivre un peu.

Oups ?

« - Je vais rentrer.
- Mais, Wil...
- Laisse-moi Emma. »

Rude, mais elle n’en pense pas un mot. C’est con, elle le sait. De dire aux autres de partir alors qu’elle ne supporte pas qu’on l’abandonne. Dire aux autres de lui foutre la paix, de sortir de sa vie alors que tout ce qu’elle voudrait, c’est les voir rester auprès d’elle. Mais elle ne peut pas s’en empêcher. C’est ainsi qu’elle survit, trie sur le volet ceux qui en valent la peine. Mais personne n’est jamais resté alors personne n’en a jamais valu la peine. Excepté Emma. La blonde est toujours restée auprès d’elle. Mais aujourd’hui, c’est différent. Willow ne savait pas, que ce serait différent. Si elle avait su, peut-être qu’elle aurait tout dit. Mais Emma est partie ce jour-là. Elle ne le savait pas encore. Parce qu’Emma était encore derrière d’elle et qu’elle pensait que son amie allait la rattraper. Mais l’amitié a ses limites et à seize ans, Willow en prend douloureusement conscience.

♠️ ♠️ ♠️


Dix-huit ans.
La grande majorité, la très attendue majorité. Mais pas pour Willow. Non. Aujourd’hui, on est le vingt deux septembre et Willow s’est encore repliée dans sa chambre, dans le noir, volets fermés, rideaux tirés. Elle aimerait pouvoir peindre ses murs en noir pour remplacer ce blanc éclatant, écoeurant. Deux ans. Cela fait deux ans maintenant qu’Emma est partie et que Willow n’a plus de nouvelles. Elle n’a pas cherché à en avoir. Emma a choisi de partir, elle l’a abandonnée, pourquoi devrait-elle lui courir après ?
Parce qu’elle était ta seule amie.
Willow n’a plus rien, si ce n’est sa famille. Sa mère et sa demi-soeur. Elle n’a pas revu son père, ne compte pas le revoir. C’est de sa faute, tout est de sa faute mais personne ne le sait parce que Willow ne l’a jamais dit. Sauf à Emma. Mais sa famille n’est pas aveugle. Même si sa mère n’a jamais vu sa peau, elle ne sait pas si sa demi-soeur est aussi dupe. Sans doute que non. Après tout, Alessia a toujours essayé de l’aider, de la traîner dehors pour lui faire voir un peu de soleil. Surtout au début. Surtout à treize et quatorze ans lorsque tout ne faisait que commencer. Quand ce n’était encore “pas trop grave”. Même si “pas trop grave” est le jugement qu’elle porte encore sur ses actions douloureuses. Alors Willow posait un sourire sur ses lèvres, elle pensait qu’elle irait mieux, que si elle faisait semblant, elle finirait par voir la lumière, cet espoir qui animait sa soeur. Elle ne sait pas si Alessia y a cru. Ne l’a jamais su. Ne le saura peut-être jamais. Cela fait longtemps que Willow n’a pas parlé à sa soeur, du moins pas en profondeur ou sans lui mentir. Parce que la réalité est dure et qu’en ce moment, ça ne va pas. Elle se sent vide et ne trouve rien d’autre que la douleur pour remédier à cette indifférence. Comme si elle était seulement capable de ne ressentir que les émotions négatives. Tout l’épuise. La simple idée de se lever de son lit pour faire ne serait-ce qu’un simple geste est éreintante au possible. Willow ne sait plus quoi faire. À dix-sept ans, elle a cru pouvoir s’en sortir. Elle a cru qu’elle pouvait arrêter, jeter ses lames, arrêter de s’approcher trop près du lisseur pour autre chose que calmer sa masse capillaire. Elle pensait qu’en sortant, en voyant du monde, ça irait mieux, qu’elle se changerait les idées. Et ça a été le cas durant un moment. Mais ça n’a pas duré parce que rien ne dure jamais si ce n’est la douleur dans sa tête. Et la chute a été rude, beaucoup plus rude. Willow a pensé plus d’une fois à la mort. À simplement s’ouvrir les veines, se jeter d’un immeuble ou d’un pont, s’enfiler la quantité de médicaments nécessaire pour un aller simple à la morgue. Mais elle n’en a pas eu le courage. Que penserait sa mère ? Que dirait sa soeur ? Elle ne pouvait pas les laisser. Même si sa vie entière devait être un calvaire, elle resterait.
Et pourtant, malgré cette conviction ancrée au plus profond d’elle-même, Willow a toujours cette peur de grandir. Elle a dix-huit ans maintenant, il faudrait qu’elle commence des études. Mais elle ne sait pas quoi faire ni dans quoi se lancer. Elle n’a jamais aimé l’école, ce système qui rend tout le monde si semblable aux autres, où pour y trouver sa place, il suffit de la fermer et d’obéir bien sagement. Ne jamais rien dire de travers, ne jamais contredire personne, parler dans le dos de tout le monde, jouer les hypocrites. Les seules choses que Willow sait faire pour s’intégrer un minimum, c’est sourire et mentir. S’intéresser faussement aux nouvelles chaussures de Machine, prétendre être désolée de la perte du chat de Truc alors qu’elle n’en a rien à faire, contrôler sa panique alors que le monde entier la frôle, la bouscule, ne fait pas attention à elle et ses aversions.
Le vide s’est étendu en elle depuis le départ d’Emma. Son amie lui manque. Un manque qu’elle n’arrive même plus à combler avec la douleur habituelle. Avec Emma, Willow pouvait être elle-même. Au moins un peu. Jamais complètement. Comment aurait-elle pu lui dire que non ça n’allait pas parce que tout ce à quoi elle arrivait à penser était la hauteur minimum pour s’exploser les os en contrebas et mourir d’un coup. Emma avait essayé de la traîner chez l’infirmière scolaire à plusieurs reprises. Mais Willow n’aime pas les infirmières. Ou du moins elle en a peur. Cela l’avait d’ailleurs surprise quand, un ou deux ans plus tôt, Alessia avait commencé ses études pour faire infirmière. C’est peut-être pour ça que Willow a réussi une unique fois à dépasser ses craintes, à souhaiter du plus profond de son coeur d’aller mieux et d’aller rencontrer l’infirmière scolaire. Mais ça a été dur. La vieille femme avait essayé d’être compréhensive et de ne rien dire à sa famille si Willow, en contrepartie, acceptait de voir quelqu’un. Rien d’officiel puisqu’il aurait fallu qu’elle soit majeure, ce qu’elle n’était pas à l’époque. Quelque chose d’anonyme et gratuit pour quelques séances. Willow avait promis d’appeler. Et elle l’a fait. Mais elle n’a jamais eu le courage d’aligner ne serait-ce que trois mots en entendant la voix d’un homme lui répondre. Elle a appelé cinq fois. Et a fini par arrêter. L’infirmière n’est jamais venue la voir pour prendre des nouvelles alors cela n’a jamais eu aucun impact sur la vie de l’adolescente.
Et maintenant, dix-huit ans.
Dix-huit ans d’une vie dont elle ne comprend toujours pas le sens. Y en a-t-il jamais eu un ? Sans doute que non. Elle ne pensait pas arriver jusque-là. Ne sait pas si c’est très judicieux. Bientôt, il faudra qu’elle sorte de sa chambre, aille saluer sa mère et sa soeur. Qu’elle prétende être heureuse. Heureuse d’avoir dix-huit ans, d’être en vie, de cette “nouvelle vie” qui commence. Mais quelle nouvelle vie ? Willow ne veut pas partir de la maison, mais se sent étouffée lorsqu’elle y reste. Sa chambre est son seul point d’ancrage avec ses carnets étalés par terre, les crayons de papier aux mines cassées et usées dispersés sur le bureau et sur le tapis. Elle passe ses nuits à écrire. Dès qu’elle le peut, dès que l’inspiration lui vient ou sinon l’ennui, elle prend un crayon et écrit. Ce qu’elle pense, ses peurs, ses certitudes. Tout ce qui lui passe par la tête. C’est sa manière à elle de respirer. D’avoir la tête hors de l’eau le temps de quelques minutes, parfois quelques heures. Mais la douleur finit toujours pas revenir. Toujours. Douce compagne pourtant si douloureuse. Et personne ne remarque rien. Enfin, c’est ce que se dit Willow même si elle sait bien que c’est éloigné de la réalité. Certes, sa mère n’est pas des plus présentes, mais elle comprend pourquoi. Son premier mari est mort tôt et le deuxième homme avec lequel elle a eu une autre fille - Willow - s’en est allé pour revenir à de rares occasions, foutant toujours le bordel dans la tête de sa fille. Willow peut comprendre comment se sent sa mère. Abandonnée, détruite sans doute. Elle essaie de comprendre, vraiment. Même si parfois elle aimerait remonter ses manches et lui hurler de la regarder en face après ça. Ces jours-ci, Willow aimerait vraiment pouvoir péter un câble, relâcher toute la pression qu’elle se met elle-même sur les épaules. Elle aimerait vraiment pouvoir gueuler à tout le monde à quel point elle se sent mal, comme si elle n’appartenait pas à ce monde, et ce, depuis des années. Leur montrer à tous à quel point ce malaise a pu la mener loin dans sa quête de l’autodestruction. Leur montrer à tous à quel point ils ont pu être aveugles. Parce qu’il suffit toujours d’un sourire pour tout cacher, un sourire pour oublier.
Un sourire pour crever.
Elle relit une feuille. Elle relit ce qu’elle a écrit cette nuit et elle n’aime pas ce qu’elle lit. Elle n’aime pas ce qu’elle a sous les yeux parce que cela vient d’elle. Elle est fatiguée de cette souffrance, fatiguée d’elle-même. Lassée de toute cette macabre mascarade.

Et la mécanique s'installe et les mots s'échappent en un flot infernal. Inspiration soudaine et sans but, désirant seulement s'exprimer. Il est presque minuit et demi et je lis.
Je lis les mots du monde et les maux du coeur.
Je lis cette fille perdue, je lis ce vieil homme égoïstement bon tout comme je lis ces mots qui m'arrachent des larmes. Des phrases simples, toutes bêtes, comme je pourrais en sortir mille. Des phrases qui m'arrachent le coeur et me font pleurer mes tripes, des "je t'aime" à l'eau du rose et des "connard" plus que haineux. Je vole, je leur vole leurs sentiments et j'ai l'impression de planer, on m'a jamais dit que ressentir faisait autant de bien. Mais la chute est rude, retour à l'insensibilité. Des "reviens" désespérés et des murmures jamais vraiment formulés parce que ressentir a un prix, une peine. Sanglots de joie et pleurs de solitude, besoin de l'étreinte de celle qui était mon amie, l'imaginer et pleurer de plus belle.
C'est facile de promettre comme c'est facile de tromper. Bientôt dix minutes que j'écris cette merde, lisant et relisant, je laisse les mots sortir du bout de mon crayon comme une chanson macabre, ils me viennent à l'esprit, beaucoup trop vite, je n'arrive plus à suivre.
Toujours ce manque qui me ronge et cette promesse que j'ai déjà bien trop de fois brisée qui me freine. Elle était importante, la promesse comme la personne, désormais devenues poussière et à peine plus qu'un fantôme. Peur de décevoir, le manque est toujours présent, comme une sorte de bon vieux copain encombrant. Mais je dois résister, pour moi, pour elle, et pour elle aussi. Ne pas imposer mon bordel aux autres, ne pas évacuer mes troubles par la douleur quitte à exploser de l'intérieur. Je dois être forte parce qu'ils pensent tous que c'est ce que je suis. Pourtant tout ce que je veux, c’est m’enfoncer l’objet brillant, voir ma chair, suivre des yeux les sentiers sinueux du sang sur mon bras. Ressentir cette douleur intense qui me permet de m’évader, de sourire franchement, soulagée du poids qui s’éloigne pour quelques secondes, à peine.
J'ai froid et pourtant la chaleur règne dans ma petite chambre. Je ne compte plus mes frissons ni les ombres sur le mur, proies de mon imagination. Rapidement, je sens mes paupières qui s'alourdissent, le crayon dérape sur la page blanche aux fines lignes grises et je sais que je vais m'endormir. Pour une fois.
Et finalement, la mécanique s'apaise et me laisse aller aux bras de Morphée.


♠️ ♠️ ♠️


Dix-neuf ans.
Willow est paniquée. Quelqu’un est entré dans sa chambre. Quelqu’un est entré et elle ignore qui. Sa mère ? Sa demi-soeur ? Quelqu’un d’autre ? Qui ? La porte était pourtant fermée lorsqu’elle est arrivée. Mais ce qui a bougé, ce sont ses feuilles. Ses feuilles par terre. Certaines ne sont pas à la bonne place. Certaines ont bougé un petit peu. Mais ces détails, elle les remarque, Willow n’est pas observatrice pour rien. Elle sait remarquer les détails chez les autres et est habituée aux détails de sa chambre. Quelqu’un est entré dans sa chambre et quelqu’un a lu ses écrits. Combien, elle n’en sait rien mais un seul c’est déjà trop. Elle se sent trembler. Ses mains sont incontrôlables et ses jambes sont molles. À vrai dire Willow ne sent plus ses jambes tant sa faiblesse est grande. Quelqu’un a lu ses écrits, quelqu’un a fouillé, mais pourquoi ? Hein, pourquoi ? Jusque-là, tout le monde lui a foutu la paix, l’a laissée écrire et vivre sa vie douloureuse dans son coin de la maison alors pourquoi maintenant ? Elle tremble et elle n’arrive pas à s’arrêter. Sa respiration est saccadée. Elle se laisse tomber au sol en fermant les yeux et en s’enfonçant les ongles dans la paume des mains.
Calme-toi calme-toi. Tout va bien. Tout va bien, souris, tout va bien.
Un mantra. Qu’elle se répète en boucle alors que sa respiration ne parvient pas à s’apaiser. Elle a envie de pleurer, mais aucune larme n’embue ses yeux, aucune larme ne coule. Rien. Juste le vide. Et son coeur qui s’emballe, son coeur sur le point d’exploser. Quelqu’un va finir par l’entendre alors, essayant tant bien que mal de revenir à un rythme cardiaque normal, elle se griffe les bras sans faire attention aux plaies à peine cicatrisées. Le sang coule un peu alors qu’elle arrache sans pitié ce qui commençait à cicatriser, elle se griffe encore et encore, sans relâche. Toujours plus de douleur. Toujours plus pour se distraire l’esprit. Toujours plus pour calmer son coeur. Pantelante, elle reste bien dix bonnes minutes assise sur le sol de sa chambre, essayant en vain de pleurer, mais rien ne sort. Peut-être qu’elle a déjà trop pleuré, peut-être qu’elle est tellement vide qu’il n’y a plus rien en elle.
Il faut qu’elle aille se nettoyer les bras.
Peut-être mettre un autre t-shirt parce que celui-ci est plein de sang.
T-shirt. À ce moment, tout fait tilt dans son esprit. Elle a prêté un vêtement à sa soeur il y a quelque temps, elle ne sait même plus si c’était un jean, un t-shirt ou autre chose, mais elle lui a bien prêté un habit. C’est Alessia qui est entrée dans sa chambre. Alessia qui a tout découvert. Elle aurait dû cacher ses affaires. Elle aurait dû faire attention. Elle aurait dû…
Et soudain, les sanglots sont là. Bien forts. Comme si elle les avait refoulés depuis bien trop longtemps. Et que va-t-il se passe maintenant ? À présent qu’Alessia sait tout, qu’est-ce qu’elle va bien pouvoir faire ? Il faut qu’elle aille la voir. Qu’elle lui dise que ce n’est rien, qu’après tout ce n’est pas si grave, qu’elle ira mieux, que ce n’est rien du tout, que ces textes ne parlent pas du tout d’elle, mais que ce sont seulement des textes sur des personnages, des histoires qu’elle invente. Oui, voilà. Elle lui dira que ce n’est rien, que ça n’a rien à voir avec elle, elle trouvera toutes les excuses du monde.
Parce qu’après tout, ce n’est pas grave n’est-ce pas ?
Willow se relève, encore tremblante. Elle essuie ses larmes, passe plusieurs fois ses mains sur son visage.
Souris. Allez, va feindre cet éclat dans tes yeux. Souris. Tout va bien. Tout doit bien aller. Tout ira bien et ce soir, ce sera fini, ce soir, tu retrouveras les lames, allez, ça va aller.
Elle prend une longue inspiration et prend la direction de la cuisine. C’est là qu’elle a vu sa soeur en rentrant. Alessia ne l’a sans doute pas vue. Ou alors elle n’a pas voulu confronter Willow dès son retour. La jeune fille n’en sait rien, ne veut pas le savoir.

« Tu as fouillé dans ma chambre. »

Willow se gifle mentalement. Elle n’aurait pas dû formuler cela ainsi. “Fouillé”. Comme s’il y avait quelque chose d’horrible à découvrir, un secret honteux caché des regards curieux. Mais la jeune fille est un secret à elle toute seule.
Elle n’écoute même pas son aînée et la coupe.

« - T’aurais pu me rendre ce que je t’avais donné en main propre, tu sais. Enfin, c’est pas grave, j’ai vu que t’avais lu quelques feuilles. Faut pas que tu t’inquiètes hein, d’accord ? C’est rien du tout.

- Tu rigoles, Willie ? Tu penses vraiment que je vais gober tes conneries ? J’en ai marre de te voir comme ça, vraiment. Mais ce qui m’énerve le plus, c’est que tu me prennes pour la dernière des imbéciles. »

Le choc est rude. Mais à quoi pensait-elle ? Croyait-elle vraiment que sa demi-soeur allait la croire ? Les écrits de Willow sont sombres, ils l’ont toujours été, mais en ce moment, cela a atteint un niveau élevé de noirceur. Forcément qu’Alessia devait avoir pris peur. Mais Willow ne se rendait pas compte que cela avait autant affecté sa soeur. Elle savait très bien que ses confidences avaient effrayé Emma, mais sa soeur ? Elle n’en avait jamais rien su. Elle pensait pourtant que tout passait inaperçu. Parce que tant qu’elle sourie, c’est que tout va bien, non ?

« Mais c’est pas des conneries ! Je vais bien, c’est bon, pourquoi tu crois que quelque chose va pas chez moi ? T’étudies pour être infirmière donc tu veux me poser un diagnostic, c’est ça ? Je suis pas ta foutue patiente ! »

Le tremblement est revenu. Intense. Mais seulement dans ses mains. Willow serre les poings et plante ses yeux dans ceux de sa soeur avec rage. Elle sait bien que sa tentative est vaine, mais si elle n’essaie pas de convaincre Alessia que tout va bien, que va-t-elle faire ? Elle ne peut pas lui en parler, elle ne peut rien lui dire. Elle n’a jamais su en parler à sa famille. Emma était une exception. Comment expliquer à sa famille, aux gens qui tiennent à elle, que tout ce dont elle a envie c’est pas d’une glace à la vanille, mais de se faire renverser par une foutue voiture ? Comment leur dire qu’elle s’amuse à se déchirer la peau, et même pire, qu’elle y prend plaisir tant cela l’apaise ? Comment peut-elle leur dire quoi que ce soit alors qu’elle-même s’effraie toute seule de ses propres pensées ? Elle ne peut pas, n’a pas le droit de leur infliger ça. Leur parler c’est les faire s’inquiéter. Les faire s’inquiéter c’est les faire souffrir. Mais Alessia s’inquiète déjà, Alessia souffre déjà à cause d’elle. Tout est de sa faute, à Willow. C’est sa faute, ses conneries, ses merdes. Ça a toujours été sa faute. Emma est partie, c’est de sa faute, elle lui a dit de partir alors qu’elle voulait l’inverse. Son père aussi est parti, avant même sa naissance. Savait-il que sa fille n’allait être rien de plus qu’une pauvre merde ? Encore une fois, s’il est parti, c’est de sa faute, elle ne comptait pas assez pour lui. Donc c’est de sa faute si sa mère est triste, complètement ailleurs. C’est sa faute.
Entièrement.
Sa.
Faute.

« Mais putain, Willie ! T’es pas ma patiente ! Tu crois que j’ai voulu faire ce métier ? Tu penses vraiment que j’ai agi par pure passion ? Non ! Non, putain ! Ce métier, je l’ai fait pour toi ! Tu penses que ça se voit pas ? Tu pensais vraiment être discrète ? Bordel pendant des années j’ai tenté de t’aider, mais t’étais imperméable à toutes mes tentatives ! J’ai voulu te faire sortir, j’ai voulu te faire rencontrer d’autres gens ! T’avais Emma alors je t’ai laissée ! Mais putain, tu crois que j’ai pas vu quand ça a dégénéré ? Tu crois que je suis aveugle ? Mais bordel, ouvre les yeux ! Willie, j’ai toujours voulu faire en sorte que tu sois heureuse, mais tu m’as toujours repoussée. Toujours, tout le temps, à chaque fois. Tu t’enfermes toujours dans ta chambre, c’est à peine si tu viens bouffer ! Mais Willie, reprends-toi ! Faut que tu arrêtes, faut que tu redeviennes la fille que t’étais à l’époque ! La fille avec un minimum de joie de vivre, la fille avec un minimum de jugeote pour savoir quand s’arrêter, quand ça devenait trop extrême. Et maintenant ? Et maintenant ? J’ai dû attendre de t’emprunter un putain de pull pour voir le carnage ! Tu penses que t’es la seule à souffrir dans c’t’histoire ? Mais regarde maman, elle est totalement léthargique, et moi ? À me taper un putain de métier que je déteste, mais je l’ai fait pour aider des gens, pour t’aider toi ! Pour au moins tenter de te comprendre, pour au moins savoir quel mal ça faisait ! Pourquoi tu m’en as jamais parlé, putain ? Willie, je pensais que j’avais fait quelque chose de mal, je pensais que tu me détestais au point de ne plus m’adresser la parole... »

Je suis désolée.
Je suis désolée d’être un tel fardeau. Je suis désolée de pas être capable de te parler. Je suis désolée de pas réussir à en parler. Je suis désolée. Je suis désolée de pas savoir sourire tout le temps comme toi, comme tout le monde. Je suis désolée de me prendre pour le centre du monde, d’être aussi égoïste. Je suis désolée d’avoir besoin de toute cette foutue douleur juste pour me sentir bien. Je suis désolée de t’obliger à faire un métier que t’aime pas, je suis désolée que tu gâches ta vie pour moi, j’ai jamais voulu ça. Je suis désolée de vouloir crever, désolée d’avoir autant de défauts, désolée d’avoir rien trouvé de mieux que me charcuter le corps, désolée de pas avoir ton putain de self-control. Je suis désolée de pas être aussi forte que tout le monde le pense. Désolée d’être qu’une pauvre merde. Désolée d’être cette fille que je suis devenue, désolée d’avoir tué l’ancienne moi.
Désolée d’être moi-même.

Willow recule. Étrangement calme. Étrangement furieuse. Ses mains ne tremblent plus et les quelques larmes qui embuaient ses yeux sont parties. Il ne reste qu’un calme apparemment. Une fureur énorme sous deux yeux qui ne trahissent rien. Elle a envie de crier sur sa soeur, mais ce dialogue de sourd ne servirait à rien. Elle aimerait lui dire que tout va bien, mais à ce niveau, elle sait qu’il est impossible de convaincre Alessia. Willow recule pour s’adosser au plan de travail, là où de multiples verres sont posés, attendant de sécher à côté de l’évier. Elle ne lâche pas le regard de sa soeur, ne baisse pas les yeux.
Et commet l’irréparable.
Sans honte, ou alors bien au fond d’elle-même, et avec un malsain plaisir, Willow retire son t-shirt, restant en soutien-gorge devant sa demi-soeur. La laissant voir ce qu’elle cache depuis maintenant six ans. Six ans. Six ans d’enfer mental. Six ans passés à ne dormir qu’un peu, que quelques heures par nuit. La laissant voir les marques, les vieilles cicatrices, les récentes. Les plaies à vif. Celles qui auraient besoin de points mais qui sont compressées dans les bandes blanches. Tout. Enfin, presque. Elle n’allait quand même pas retirer son jean. Willow entend son coeur qui pulse dans ses tempes. Elle est nerveuse, mais s’efforce de ne pas flancher. Ce n’est pas à elle de flancher, de baisser le regard. Certes, elle a honte de ce qu’elle est mais elle ne veut pas montrer cette honte devant sa demi-soeur. Ses côtes sont apparentes et son ventre est strié de marques blanches, rouges et roses. Il en est de même pour ses épaules et son bras gauche. Mais elle ne flanchera pas. Ne baissera pas les yeux.

« C’est ça que tu veux savoir Aly ? C’est ça que tu veux voir à tout prix pour comprendre ? Je t’ai jamais demandé de sacrifier tes passions pour moi, je t’ai jamais demandé de t’occuper de moi, je t’ai jamais rien demandé merde ! Ouais, j’ai cru que tu verrais rien parce que tu sais quoi ? Personne n’a rien vu ! Emma était au courant depuis le début, j’avais treize ans. Treize ans putain. Tu crois pas que c’est un peu tôt pour vouloir crever ça treize ans ? Je vous en ai voulu à toi et Maman. Putain je vous en ai tellement voulu mais c’était que dalle comparé au dégoût que je ressentais pour moi-même. Que dalle ! T’as pas le droit de débarquer comme ça, six ans plus tard pour me dire ce que je dois faire, je m’en sors, d’accord pas de la bonne manière, mais je m’en sors ! Et va pas me dire que je suis cinglée ou quoi, je ne suis pas cinglée ! Je sais très bien que je vous fais du mal et le savoir me dégoûte encore plus de moi-même, mais tu voulais que je fasse quoi ? “Oh, au fait Maman, je me défonce les veines pour me sentir vivante” ? C’est ça que tu veux entendre ? Bah la voilà ta putain d’explication ! Je me déteste. Tu peux pas savoir comme je me déteste, combien de fois j’ai voulu sauter par la fenêtre, me foutre sous un bus putain ! »

Willow s’arrête et reprend son souffle. Elle qui voulait pouvoir péter un câble, elle est servie. Elle voit Alessia qui essaie d’ouvrir la bouche mais, toujours aussi furieuse, la plus jeune la coupe d’un ton brutal.

« Crois-moi, tu veux pas savoir ce que j’ai dans la tête. Tu veux pas savoir à quoi je pense tous les jours, tous les soirs, toutes les nuits. Tu veux pas savoir à quel point c’est dur de se lever le matin et de se foutre à sourire juste pour satisfaire les autres. Parce que tout le monde s’en balance de si ça va ou non, les gens demandent pour être polis et ensuite, on se démerde. Alors à quoi ça sert d’en parler ? J’ai cru que j’pouvais m’en sortir, j’ai même appelé un putain de psy pour ados mais j’ai pas réussi à aligner trois mots. Est-ce que t’as remarqué au moins à quel point j’arrive pas à me sociabiliser ? Merde j’suis pas foutue d’accepter qu’on me touche, qu’on me regarde, j’ai toujours peur des autres ! Évidemment que je panique ! Comment tu crois que j’fais pour rester calme alors que dans mon esprit c’est le plus gros bordel que j’ai jamais vu ?! Putain ! »

De rage, Willow balaie le plan de travail du bras, faisant tomber la vaisselle qui y était posée. Hébétée par son propre geste, elle s’arrête un instant avant de frapper la table du poing. Elle a déjà eu des accès de colère ainsi. Lorsque l’anxiété était bien trop forte, lorsque la pression lui montait à la tête. Elle cognait le mur. Elle cognait et cognait sans relâche, l’adrénaline la rendant insensible à la douleur. Mais il ne faut pas qu’elle craque face à Alessia. Willow profite que sa soeur reste scotchée sur place pour sortir de la cuisine et claquer la porte d’entrée avant de remettre son t-shirt. Elle va partir. Où ? Aucune idée. Nulle part. Elle doit partir, changer d’air, aller ailleurs. Se casser loin d’ici, loin de sa soeur, loin de sa mère. Loin de tout. Pourtant, la seule chose qu’elle a réellement besoin de fuir, c’est surtout ce qu’elle a dans la tête.
Et pour cela, il n’y a qu’un seul moyen.
Elle fouille dans ses poches de jean et est heureuse d’y trouver un peu d’argent. Elle en garde toujours un peu sur elle, au cas où. Elle n’a qu’à aller dans une supérette, trouver des lames de rasoir, se poser quelque part où il n’y a pas grand monde et en finir une bonne fois pour toutes. Ce serait tellement simple. Tellement mieux. Elle ne tremble même plus, seulement déterminée.
Et quelques dizaines de minutes plus tard, elle est prête. Elle avait longtemps imaginé le faire dans sa chambre avant de se résigner. Elle ne voulait pas que sa soeur ou sa mère ne la trouve, les veines à l’air. Mais aujourd’hui, personne ne la trouvera. Du moins, c’est ce qu’elle espère. Ou alors on la trouvera, mais trop tard. Elle ne réfléchit plus et prend la lame froide dans sa main chaude. Et s’entaille les bras. Plus profondément qu’elle ne l’a jamais fait.
Ça y est.

♠️ ♠️ ♠️


Lorsque Willow se réveille ce jour-là, tout est blanc. Même son esprit. Son esprit est vide, déserté de n’importe quelle pensée. Ses yeux papillonnent et elle arrive à comprendre qu’elle est à l’hôpital. Sa mère et sa soeur sont à ses côtés. Mais Willow ne dit rien. Lorsque les médecins viennent pour voir si elle va bien, elle ne dit rien. Lorsque sa soeur s’approche d’elle, elle ne dit rien.

« Willie… Si tu savais à quel point je m'en voulais. Tout ça c'est à cause de moi. Tout est de ma faute. Et maintenant ils vont t'envoyer là-bas, à cause de moi… mais je trouverai un moyen de te sortir de là, Willie. Je te promets que je continuerai à te protéger.
Mais pour répondre à ta question, non, tu n'es pas cinglée. Tu ne seras jamais cinglée, pas à mes yeux. Tu es ma petite soeur, OK ? Je ne t’abandonnerai pas, plus maintenant. Je t'aime Willie, mais putain si tu savais à quel point je m'en voulais. Si j'avais rien fait, tu serais pas ici. Si j'avais rien fait, t'aurais pas essayé de te suicider. Je te demande pardon, Willie. Je ne te demande pas de me pardonner tout de suite, mais un jour, j’espère que tu comprendras que je ne voulais pas te faire de mal.
»

Mais Willow ne répond rien. Pas la force. Pas l’envie. Plus de force. Plus d’envie.
Seulement le vide. Et un “Pourquoi ?” sans réponse qui tourne en boucle dans sa tête. Elle est comme déconnectée de la réalité et ne souhaite pas y reprendre pied. Pourquoi est-elle toujours en vie ? Elle a fait le nécessaire pourtant. Mais ça n’a pas suffi. Et maintenant tout le monde sait. Sa mère, les médecins. Ils doivent tous la prendre pour une cinglée désormais. Mais étrangement, cela n’a plus d’importance. Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir faire ? Rien du tout. Elle ne veut pas être sauvée. Elle ne veut pas remonter la pente. À quoi bon ? Elle a déjà essayé. Elle a échoué. Fin de l’histoire. Ils vont la laisser rentrer chez elle, ne pas faire grand cas de ses problèmes et lui foutre la paix. Elle n’aura qu’à refaire une tentative chez elle. Rien à foutre que sa famille la découvre cette fois-ci.
Pourtant, lorsque sa mère revient après avoir discuté avec les médecins, c’est un tout autre destin qui lui est imposé.

« Willow ? Tu… tu vas être envoyée sur Ostrov Island, d’accord ? C’est un hôpital psychiatrique. »

Willow ne sait pas si c’est bien du soulagement qu’elle entend dans la voix de sa mère. Mais ça n’a pas d’importance. Elle va être internée dans un hôpital psychiatrique. Comme une cinglée. Comme une putain de cinglée. Peut-être que ça vaut mieux, qu’il vaut mieux l’éloigner de sa famille pour qu’elle arrête de leur faire du mal. Et puis si jamais tout devient trop fort dans sa tête, elle pourra toujours trouver quelque chose pour se faire du mal là-bas. Ce n’est pas comme si elle manquait de moyens ou d’ingéniosité. Oui, elle trouvera bien des trucs coupants. Des trucs pour l’aider à s’évader mentalement parlant. Et elle fera encore en sorte de sourire, elle fera semblant d’aller bien, de tout accepter.
C’est peut-être pour ça que, quelques jours plus tard, lors de son transfert, Willow est aussi calme. Peut-être pour ça qu’elle n’oppose aucune résistance, qu’elle ne proteste même pas. Ou peut-être parce que ses yeux sont vides.
Et que plus rien n’a d’importance à présent.

♠️ ♠️ ♠️


Cela fait maintenant quelques semaines que Willow est sur l’île à présent. Rien n’a changé. La jeune femme est toujours aussi vide. Elle s’est murée dans un silence imperturbable. Elle ne se souvient même plus si on lui a posé des questions ou non, elle a tout occulté, loin dans sa tête. Elle ne dit rien, n’exprime jamais aucun sentiment. Glisse dans les couloirs tel un fantôme. Une morte-vivante.
Aujourd’hui, elle est allée dans le parc. Pour se distraire, voir le ciel, penser. Elle n’a rien écrit depuis la nuit précédant sa confrontation avec sa demi-soeur. En parlant d’elle, Willow l’a aperçue de loin il y a quelques jours. Elle se demande ce que peut bien ficher Alessia dans un tel endroit. Peut-être qu’elle est venue pour elle. Mais ça n’a pas de sens. La plus jeune n’a fait que causer des problèmes et de l’inquiétude, encore et encore, pour son aînée. Pourquoi viendrait-elle ici pour Willow ? Willow a détruit la vie de sa famille, elle a détruit le destin de sa soeur, Alessia ne devrait pas être ici. Elle ne devrait pas revenir. Elle ne devrait pas essayer de la sauver. Willow ne veut plus être sauvée. Elle veut seulement sombrer, lentement, mais sûrement. Sombrer, se noyer, partir inexorablement toujours plus loin sous la surface. Disparaître.
Non, Alessia n’a aucune raison de vouloir retrouver sa soeur. Et Willow n’y accorde plus aucune importance pour le moment. Peut-être pour toujours.
Parce qu’ici, tout va bien.
Allez, souris.
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