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 Murmure des Temps Anciens | Nightcore - What it's like to be lonely

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Biket
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MessageSujet: Murmure des Temps Anciens | Nightcore - What it's like to be lonely   Ven 23 Déc - 21:33

Murmure - Tu m'as sauvé, tu m'as aidé, tu m'as apporté l'oxygène dont j'avais besoin. Sans toi, les choses n'auraient pas été pareilles. J'aurai sombré dans l'oubli, dans les abysses infernales de l'enfer. Je me serai étouffé, je n'aurai jamais su.

Nom : Murmure des Temps Anciens
Sexe : Mâle
Âge : 73 lunes
Groupe : Troupe Embrumée
Rang : Chasseur vétéran
Parents : Nymphe des Vallées Enneigées - soeur ; Kami pleurant l'Aube - frère ; Ellyenda bravant la Marée - demie-soeur

PHYSIQUE : Je n'ai rien à raconter. Je ne suis pas normal. Je ne me souviens même plus de ce à quoi je ressemblais avant. Si. J'étais grand. Imposant même. Et large d'épaules. Je suis toujours grand et large d'épaules d'ailleurs. Et mon pelage ? Comment était-il avant l'enfermement ? Je ne sais plus. J'ai oublié. Je crois que j'étais blanc. Ou noir. Non. Je n'en ai plus aucune idée. À présent, tout ce que je sais encore, c'est que je suis gris. Oui, un joli gris d'acier colore mes poils. Cette couleur est jolie, certes. Mais mon pelage est négligé. Je ne m'en occupe jamais vraiment voire pas du tout. J'estime n'en avoir plus rien à faire. J'ai donc l'air décharné en permanence, je fais peur rien qu'à me voir et je ne sens pas vraiment très bon.
Sais-je de quelle couleur sont mes yeux ? Ah ça oui. Je m'en souviendrai toujours car mes yeux sont les premières choses que Salamandre m'ait complimentées. Et je me souviendrai toujours de Salamandre. Mes yeux si beaux, si foncés, si mystérieux, mais surtout si verts. Vert de jade, vert d'étang, vert de printemps. Mon regard est la partie la plus captivante de mon anatomie. C'est celle que l'on voit en premier. Celle dont on ne peut se détacher. Mais à l'heure d'aujourd'hui, tes yeux sont éteints, tes prunelles ont perdu de leur brillance, leur éclat de vivacité qui les animaient alors. Je porte un regard absent sur tout ce qui m'entoure, j'ai constamment l'air en transe. Ce qui est peut-être bien le cas car je suis perturbé et je ne sais plus où j'en suis.
Mis à part mes yeux, mon visage comporte d'autres attributs. Mes moustaches, elles, sont inertes. Je ne les ai plus remuées depuis bien longtemps. Mes oreilles sont de même et ma bouche n'a plus esquissé de sourire depuis des lunes
En vérité mon visage n'a plus jamais représenté la joie de vivre depuis un an.
Depuis Salamandre.

CARACTERE : Mon caractère ? Mon côté psychique ? Personne ne peut réellement le comprendre. Pour ce faire, il aurait fallu me connaître avant la tragédie. Auparavant, j'étais joyeux en toutes circonstances. Je riais, je faisais rire et je m'amusais. Je faisais tout pour remonter le moral des autres, les rendre heureux, je les écoutais parler, se lamenter, je les conseillais au mieux. Et ça marchait. J'étais un rayon de soleil dans la vie de bien des gens. Je ne voyais que le positif chez les autres et, pour moi, le mot "pessimiste" ne voulait absolument rien dire. Avant, j'étais animé d'une naïve insouciance, mêlée à un extrême sentiment d'arrogance. Oui, j'étais arrogant. Je me sentais tout-puissant. Mais je ne l'étais pas avec tout le monde. Seulement avec les étrangers ou les plus jeunes, les chatons. Jamais avec ma famille ou mes amis. Oui j'avais des amis et une famille. Je m'étais trop ouvert à eux pour pouvoir juger amusant et divertissant de les rabaisser à l'aide de ton air hautain. Je n'avais jamais été tenté de leur mentir non plus. Non. Jamais. Car même si j'étais l'une des pires canailles, je suivais mon propre code d'honneur. J'estimais détenir le droit de tourmenter mes congénères m'horripilant, ceux que je ne connaissais pas très bien et que je n'aimais déjà pas, les plus jeunes, mais je me refusais à blesser physiquement quiconque sauf, bien évidemment, face à des provocations sans équivoque. Avant, on aurait pu dire que j'étais quelqu'un de bien mais qui ne se laissait pas faire.
Mais cet avant-là n'existe plus. Il a disparu en même temps que l'éclat de mes yeux. En même temps que Salamandre.
À présent, mon visage n'exprime plus aucune joie, j'ai perdu mon sourire, j'ai perdu ma gaieté de vivre, j'ai perdu mon rire, mais plus que ça. J'ai tout perdu. Tout ce qui me permettait de rester moi-même, tout ce qui me donnait envie de me battre, de lutter contre la mort et la maladie.
Ma naïve insouciance a été reléguée au rang d'effroyable souvenir, à ce jour, je me méfie de tout, d'absolument tout. Du simple sifflement du vent au grondement grandissant d'un monstres transportant ces immondes Bipèdes dépourvus de cœurs.
Ma vile arrogance est partie en fumée et mes mensonges ont désormais la fâcheuse tendance de se multiplier et de se complexifier de jour en jour. Je ne m'ouvre plus à personne et ma famille et mes amis, eux, je les ai laissés derrière moi, je n'en ai plus rien à faire. Mon code d'honneur, je l'ai jeté aux orties. L'honneur n'est rien, plus rien qu'un ramassis de mensonges à vomir. L'honneur ne veut rien dire, il me donne envie de vomir, envie de piquer des crises de rage et de retourner là-bas, retourner là-bas pour les sauver tous parce que je suis le seul qui sait ce qui se passe, le seul qui peut encore les sauver. Le seul qui ne fait rien. Je suis celui qui les laisse crever. Celui qui les laisse recommencer.
Mais alors qu'en est-il des méandres de mon esprit ? Que deviennent-ils eux ? Ils dérivent. Ma tête est devenue une tempête incessante. Mes rêves se sont mués en cauchemars et les insomnies se multiplient. Je suis fou. C'est ce que tout le monde me dit et me répète. Alors j'évite tout le monde. Car je ne me considère nullement comme un fou. A moins que je ne délire ? Peut-être que j'imagine tout ça ? Que personne ne me parle ni ne parle de moi parce qu'après tout, ils n'en ont rien à faire ? Je suis le miraculé, celui qui a disparu et qui est revenu. Celui qui a vécu le pire mais ça, ils n'en savent rien, non, je n'ai rien dit. Je ne peux pas leur dire, je ne peux pas leur raconter ce que j'ai vu et traversé. Qui j'ai rencontré. Je ne peux pas leur parler d'elle. Je ne peux leur dire que je l'aimais. Leur avouer que je l'aime.
Est-ce mal de de ne dormir et de ne manger que rarement ?
Est-ce mal de voir ma chère Salamandre, mon frère et Djinn sans cesse ?
Est-ce mal de pleurer en pensant à Seth, de hurler en songeant à Raven ?
Est-ce mal de ne plus me nourrir comme avant ?
Je ne le pense pas. J'aimerais que mes comparses comprennent qu'au-delà de ma prétendue folie, je suis terrifié.
J'ai peur et je suis fou.
Ils disent que je ne suis qu'un monstre, quelqu'un de différent.
Mais ma peur, ma différence et ma folie font ma normalité.

HISTOIRE : « You wanna know what I'm scared of ? I'm scared of everything ! I'm scared to move ! I'm scared to breathe ! I'm scared to touch you ! I can't lose you. I won't survive. And that's your fault. You made me love you. You made me let you in and then you freaking die in my arms ! » - To Salamander

♠️ ♠️ ♠️


C'est étrange comme sensation. Comme si on flotte, comme si on est dans une sorte de grand vide mais qu'on est quand même rattaché à quelque chose bien que l'on ne sache pas à quoi. Je crois que je ne suis pas seul car, malgré le noir, toute cette obscurité autour de moi, je sens deux autres sources de chaleur pas très loin. Je me cogne à elles régulièrement en fait. Je me demande ce que c'est.
Et puis d'un coup, j'en ai marre. Je veux partir. M'en aller. Alors je pousse contre ce qui me retient et je vais quelque part, quelque part où je ne suis jamais allé. Mais c'est serré par là-bas. Cependant, je ne veux pas abandonner, je suis déterminé à aller de l'autre côté, à aller là où je ne suis encore jamais allé. Et puis il n'y a plus rien, je suis passé, j'ai réussi. Je suis de l'autre côté.
Je suis là où je ne suis jamais allé auparavant. Mais je crois bien que les autres m'ont suivi, je sens quelque chose qui me tombe dessus. J'ai froid et un truc chaud me fait bouger puis c'est un truc râpeux qui me passe dessus.
Je crois que je commence à comprendre pourquoi je n'étais jamais venu de ce côté-là.
J'essaie de m'extirper de ce truc râpeux qui semble bien décidé à m'arracher la peau mais rien à faire, je n'arrive pas à bouger. Ou alors vraiment pas beaucoup. Je pousse un cri de rage mais à m'entendre on dirait la voix d'une souris sous-vitaminée. Et puis soudain, je suis libre ! Pour le coup, je sens une autre chaleur, une grande chaleur pas très loin alors je m'approche, je veux savoir ce que c'est. J'aimerais bien pouvoir ouvrir les yeux mais eux, ils n'ont vraiment pas l'air d'accord. Bon, du coup, j'avance encore et je finis par toucher le truc chaud du bout du museau. C'est doux, c'est agréable, pas comme la machin râpeux juste avant.
J'entends un souffle, comme un soupir et, un instant après, deux autres petites boules de chaleur s'installent de chaque côté de moi. Je me demande ce que c'est.
A l'instinct, je sens mes pattes bouger et je me rapproche encore. C'est une explosion dans mes papilles, un liquide merveilleux qui coule dans ma gorge et j'en veux encore et encore et encore. J'en veux toujours plus, c'est trop bon, je pourrais en manger toute ma vie !

- Murmure des Temps Anciens.

Je ne comprends pas trop ce qui se dit mais j'ai entendu ces quatre mots très distinctement comme s'ils avaient été murmurés à mon oreille, spécialement pour moi. Mais je m'en fiche, je continue de boire.
Parce que c'est bon, le lait.

♠️ ♠️ ♠️


Trois lunes, trois petites lunes, c'est à présent l'âge que je porte fièrement.
A présent, je connais beaucoup mieux le monde, je ne le connais pas complètement évidemment, personne ne le connaît complètement. Mais je le connais et le comprends mieux qu'il y a trois lunes en tut cas. Ça, c'est sûr.
J'ai appris que les deux trucs qui étaient avec moi il y a trois lunes et qui sont toujours avec moi après ces trois lunes sont mon frère et ma soeur. Mon frère s'appelle Kami pleurant l'Aube et ça me fait un peu bizarre parce que "Kami" je trouve que ça fait plutôt féminin comme prénom mais bon, pourquoi pas. Murmure n'est pas vraiment un prénom après tout, ni Nymphe. Nymphe, c'est ma soeur. Nymphe des Vallées Enneigées. J'aime beaucoup son nom. J'aimerais bien voir une vallée enneigée. Maman nous en a parlé, des territoires entièrement recouverts de neige, si blanc que le sol en vient à nous éblouir de sa clarté pouvant paraître si surnaturelle.
Enfin bref.
J'ai des relations un peu bizarres avec mon frère et ma soeur. Disons juste que nous avons chacun notre caractère et qu'on est assez différents les uns des autres. Nymphe est très indépendante, elle n'aime pas beaucoup jouer avec nous ou avec les autres chatons et elle n'a pas de difficultés à être seule et à être franche aussi. Elle est souvent en marge des autres. Personnellement, je l'aime bien, beaucoup même, je crois que je l'admire un peu.
En comparaison, Kami me fait pitié. Pas un peu pitié mais carrément pitié. On dirait qu'il vient de naître tant il peut se montrer naïf parfois. Il est naïf donc et surtout, dépendant. Il a toujours besoin que l'on repasse derrière lui, qu'on lui dise que oui, c'est bon, il a bien fait, il l'a bien fait. Maman le regarde toujours avec de la tendresse et de la bienveillance dans le regard. Dans le mien il n'y a qu'agacement et un autre sentiment presque à la limite du dégoût. Pour Nymphe je n'en sais rien. Elle semble éviter toute la famille et du coup, Kami ne va pas vers elle non plus. Du coup c'est moi qui me coltine ce gosse pleurnichard sur les bords. Et des fois, je vous avoue que j'ai bien envie de l'envoyer valser. Mais je ne peux pas trop alors j'essaie d'éviter. Sinon Maman va encore me gronder et si elle le dit à Papa, je risque la mort. Enfin, Papa ne me tuerait pas réellement, il n'est pas particulièrement violent je crois, il est juste... particulier.
Déjà, il est super grand et super imposant donc ça impose un peu le respect voire même la peur. Autant dire que personne fait le malin à côté de lui, je pense. Ensuite, pour nous, il n'est pas vraiment très présent. Il passe, reste quelques minutes, prend des nouvelles de Maman. C'est tout. Un regard, peut-être un sourire si on a de la chance. C'est tout ce qu'on a de lui, Nymphe, Kami et moi. Pas de bonjour, au revoir, soyez sages. Pas de proies apportées spécialement pour nous. Et moi ça ne m'aurait pas dérangé si tous les pères avaient été comme ça. Mais la plupart des autres chatons présents dans la pouponnière avec moi ont leurs pères qui viennent les voir, qui prennent des nouvelles d'eux et s'intéressent à eux.
Pas le mien, pas le nôtre.
Maman, je lui en ai parlé, de ce que j'en pensais. De ce que je croyais. Et elle m'a expliqué, elle m'a parlé comme à un grand. Elle m'a dit que Papa l'aimait. Qu'il l'aime de moins en moins. Qu'il ne voulait pas forcément de chatons et qu'il a toujours eu du mal à s'attacher. Qu'il se lasse. Qu'il abandonne. Qu'il part, tout simplement. Que Papa il a du mal à ressentir les choses comme les gens normaux, comme moi, comme elle, comme tout le monde à peu près. Qu'il est particulier et qu'on ne peut rien y faire, qu'elle savait que ça finirait comme ça et qu'elle ne lui en veut pas, qu'elle est seulement triste mais qu'elle sait qu'elle n'y peut rien. Maman elle m'a dit tout ça avec des larmes dans les yeux et tout ce que j'ai ressenti pour elle n'était qu'un profond respect. Ma mère était tombée amoureuse d'un mâle qui se lassait d'elle, qui s'était déjà lassé. Ma mère, elle savait que ça allait se passer comme ça, elle savait qu'il partirait un jour ou l'autre.
Et elle est restée.
Toujours.

"Et j'aurais aimé que tu restes pour toujours, toi aussi." - A Salamandre

♠️ ♠️ ♠️


Aujourd'hui est un beau jour, j'ai six lunes et cela veut donc dire que je vais devenir un novice, quelqu'un de déjà un peu plus important dans la Troupe qu'un petit chaton faiblard. J'ai vraiment hâte de voir qui sera mon mentor, si on va bien s'entendre ou non, j'espère que oui sinon ce serait embêtant. Enfin, je me préoccuperai de ça plus tard, là, tout ce qui m'importe en ce moment même, c'est le baptême. Je me demande si mon père va être fier de moi ou s'il n'en a toujours pas grand chose à faire de moi et du reste de ma fratrie. Sans doute qu'il n'en a rien à faire. Mais ce n'est pas grave, je m'y suis fait à force. C'est assez triste à dire je sais mais je n'y peux pas grand chose alors ça ne sert à rien d'y accorder trop d'importance, de trop y penser.
Nymphe est déjà dehors, elle n'a pas attendu que Maman s'applique à lui lisser le pelage et à la faire belle, je crois qu'elle s'en fiche bien. La façon dont elle a levé les yeux au ciel quand elle m'a vu me faire toiletter ainsi m'a fait rire. Maman en a presque fini avec moi d'ailleurs, j'ai hâte de pouvoir sortir. Kami n'arrête pas de bouger dans tous les sens, comme une puce ayant eu droit à une bonne grosse surdose de puissantes vitamines. Il m'agace. D'accord, c'est un jour important mais là, il a l'air plus ridicule que digne et ça en devient légèrement – que dis-je, carrément – embarrassant.

- C'est bon Murmure tu peux y aller.
- Eh ! Tu m'attends Murmure hein dis ?


Mais je suis déjà parti, je ne fais pas attention à lui et lorsque je me retourne, je vois bien dans son regard cette lueur de dépit. Sauf que je n'en ai pas grand chose à faire. Par contre le regard maussade de ma mère, ça, ça me dérange déjà un peu plus. C'est toujours comme ça que ça se passe quand je ne fais pas attention à mon frère. Je crois que Maman pense que je ressemble à mon père. Je me demande si c'est vrai, parfois. Je sais bien que je ne lui ressemble pas trop physiquement, je tiens mon pelage immaculé de ma mère et mes yeux verts doivent venir de mes grands-parents ou en tout cas, d'autres ascendants. Mais mon caractère détaché et blasé, je crois bien que je le tiens de mon père. C'est un peu terrifiant à dire ou même simplement à penser sachant que je n'aime pas mon père plus que ça. Est-ce que je vais devenir comme ça moi aussi ? Je vais abandonner les gens derrière moi sans aucun véritable remord, moi aussi ? J'ai peur, un peu, je ne veux pas devenir comme ça. Je ne veux pas découvrir que, toute ma vie, je serai incapable de m'attacher très longtemps à qui que ce soit.
J'essaie de ne plus trop y penser lorsque je rejoins Nymphe pas loin du centre du camp. Lorsque le meneur de la Troupe s'avance et appelle au rassemblement. Je me sens fier, fier d'être là, à ma place, a milieu de tous ces chasseurs que j'admire depuis tout petit. Fier de me dire que je suis l'un des leurs. Et qu'on attend de moi que je leur prouve ma valeur. Ma légitimité.
Je m'avance avec Nymphe en entendant une cavalcade derrière nous, comme si quelqu'un nous courait après et je sais bien que c'est Kami, je sais bien qu'il serait capable de nous crier d'attendre même si ça nous fout la honte. Alors je me retourne et je lui lance un regard noir, j'espère qu'il comprendra qu'il ne doit pas l'ouvrir.
Je croise le regard de ma mère, loin derrière lui.
Et lorsque le meneur nous baptise, Nymphe Kami et moi, lorsque la Troupe nous reconnaît comme des novices, comme de potentiels futurs bons chasseurs, lorsque nos camarades nous acclame, je ne peux me sortir le regard dur de ma mère de la tête. Ce regard dur, presque aussi noir que celui que j'ai lancé à mon frère. Ce regard qui peut signifier tant de choses. Ce regard qui me dit qu'en vérité, l'abandon de notre père la touche plus qu'elle ne voudra jamais l'admettre. Ce regard qui me clame que oui, je lui ressemble, à mon père. Qui me préviens que je n'ai pas intérêt à faire du mal à ma famille.
Qui me dit que moi, je n'aurais pas de seconde chance.

♠️ ♠️ ♠️


Cela fait maintenant quelques lunes que je m'entraîne. Je crois que je suis assez doué, sans vouloir me vanter bien évidemment. J'excelle particulièrement en combat, en chasse aussi certes, mais un peu moins. Je préfère largement m'entraîner à combattre encore et encore que de passer mon temps, l'arrière train au ras du sol, à attendre que je puisse sauter sur ma proie. Au moins, dans un combat, c'est l'impulsivité et la rapidité qui priment, au moins autant que l'intelligence. Aujourd'hui cependant, je suis chargé de faire une patrouille. Normalement, j'aurais dû être avec d'autres personnes et mon mentor sauf qu'il est malade et que, honnêtement, je n'avais pas trop envie de m'encombrer d'autres camarades. Je n'aime pas patrouiller, je ne voulais pas le faire en groupe.
Maintenant, j'arrive pas loin de la frontière et je commence déjà à m'ennuyer. Qu'es-ce qu'il faut que je fasse déjà ? Ah oui. Il faut que j'inspecte pour voir s'il n'y a pas des traces de passage de la Troupe rivale, la Troupe Inondée et ensuite que je marque le territoire. Que je soulage ma vessie en somme. Comment ils font les chasseurs qui n'ont pas envie de pisser quand ils vont patrouiller hein ?
Bon donc, du coup, je vérifie vite fait la frontière et je fais mes affaires, c'est que je compte pas m'éterniser ici tout l'après-midi quand même hein, j'ai autre chose à faire que de vider ma vessie. Et puis de toute façon, il n'y a rien ici.
Et alors que je repars, je m'arrête à nouveau.
Il y a quelqu'un sur la frontière. C'est une femelle je crois, je ne sais pas très bien. Sans doute que oui. Elle est fine, petite. Elle a l'air fragile. Un pelage blanc tigré de noir et de gris. Je ne vois pas bien ses yeux mais je crois qu'ils sont clairs en tout cas. Peut-être bleus. Comme l'océan. Je m'approche doucement, je ne veux pas l'effrayer. Je ne sais absolument pas qui elle est mais je ne veux pas la voir s'enfuir, je ne sais pas vraiment pourquoi d'ailleurs. Alors je m'approche encore, le plus doucement possible et d'un coup, sans prévenir, ses yeux - ils sont vraiment bleus, bleus clairs, presque délavés -  croisent les miens et y restent ancrés. On s'observe ainsi pendant de longues minutes. Je ne détourne pas le regard mais je sais qu'elle est étendue en plein soleil, je sais qu'elle n'est pas d'ici et je ne sais pas si elle compte partir ou non. Je sais aussi que je n'ai aucune envie de la chasser de ce territoire qui est le mien.
Et puis d'un coup, sans que je ne m'y attende, elle s'est relevée et a filé aussi vite que l'éclair.
Elle a filé et mon coeur s'est mis à battre plus fort, plus vite.
Je crois que je vais revenir ici demain.

♠️ ♠️ ♠️


Et je suis revenu. Encore et encore. Jour après jour. Pendant une semaine, une semaine qui m'a paru tellement courte et pourtant si longue. Le second jour j'ai apporté deux souris en venant et elle était là, elle m'a remercié d'ailleurs, d'une petite voix bien mignonne. Elle a mangé les proies, moi je n'avais pas faim, je me suis contenté de la regarder manger. Cependant, le troisième jour, je ne suis pas venu. Je ne voulais pas que ma Troupe se doute de quelque chose et, de toute façon, mon mentor s'était remis de sa maladie passagère. Ce fut l'unique fois où j'ai maudit son métabolisme d'enfer qui le faisait recouvrir une santé parfaite en un rien de temps. Le quatrième jour j'étais là, en avance même, mais elle n'est pas venue, je me suis même demandé si elle avait été vexée de mon absence de la veille. Le cinquième jour, il n'y avait personne non plus. Ni le sixième. Ni le septième. Mais le huitième jour, alors que je commençais à désespérer, elle était là. Elle était là et je me suis senti comme si c'était le plus beau jour de ma vie alors que je ne la connaissais même pas.

- Tu me diras ton nom un jour ?
- Peut-être...
- Aujourd'hui ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Les belles choses se font toujours attendre.


Et à présent cela fait vingt lunes. Vingt lunes que je vais la voir, vingt lunes. J'ai trente-six lunes à présent, je suis un adulte. Mais ça ne m'empêche pas d'être un idiot, ah ça non. J'ai trente-six lunes et cela fait maintenant vingt lunes que je passe ma vie avec cette solitaire dont je ne connais toujours pas le nom, cette solitaire magnifique dont mon coeur s'est épris. Et aujourd'hui n'est qu'un jour, un petit jour de plus, sûrement pas un jour très important, juste un jour comme ça, un jour qui passera comme tous les autres. Un jour où je vais la voir une fois encore. Sans savoir. Sans rien savoir.
Sans savoir son nom, sans savoir qui elle est vraiment, sans savoir ce qu'elle veut.
Sans savoir que je cours à ma perte.
Parce que ça ne serait pas drôle sinon. Ce ne serait pas drôle si j'avais su, si je savais qu'à cet instant précis, quelqu'un d'autre courait vers elle, si je savais que c'est en cet instant précis que ma vie entière a basculé dans les ténèbres aussi froides et sombres que son coeur à elle.
Mais je ne sais pas.
Je ne sais pas et je cours comme un con, attendant avec impatience de la revoir.
Et lorsque j'arrive, je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi il y a Kami, je ne comprends pas pourquoi il lui parle à elle. Comment la connaît-il ? Comment le connaît-elle ? Et je le vois qui m’aperçoit, je le vos qui l'alerte, qui lui dit que je suis là. Et je la vois qui se tourne vers moi avec un sourire, un sourire que je ne lui connais pas.Je la vois qui s'approche.

- Ellyenda qu'est-ce que tu fais ?

Et ces mots, ses mots. Il connaît son nom. Il connaît son nom alors que moi, je ne le connais pas. Pourquoi ? Pourquoi je ne connais pas son nom ? Et je la vois encore qui s'approche, qui n'est qu'à un souffle de moi et j'entends son rire mais pas le sien. Un rire que je ne lui connais pas non plus. Et je vois à peine sa patte qui file vers ma tempe, j'entends à peine le cri de mon frère, je sens à peine le goût du sang dans ma bouche lorsque je me mords la langue.
Et je ne comprends plus.

♠️ ♠️ ♠️


Le réveil est dur. Je crois que j'aurais préféré ne pas me réveiller. J'ai un mal de crâne absolument horrible et j'ai l'impression d'avoir la tête dans du coton tant ce qui m'entoure me paraît si irréel. Cependant, je me rends bien compte que tout est réel, que mes souvenirs ne sont pas des échos de rêves. Je le sais parce que, lorsque j'ouvre les yeux, tout ce que je vois se résume à des barreaux. Encore et encore. Des cages. Toutes alignées les unes à côté des autres, les unes sur les autres. Je suis sur un morceau de carton, il y a deux petites gamelles avec ce que j'imagine être une sorte de nourriture et de l'eau. A peine de quoi manger en fait. Mais qu'est-ce que je fous ici ? Sans réfléchir je me jette contre ma cage mais elle ne bouge pas d'un pouce, je ne fais que m'infliger une douleur inutile. Je me sens observé alors je recule dans le fond de ce qui semble être ma nouvelle habitation et je regarde un peu autour de moi. Une voix fuse. "Il ne tiendra pas trois jours". Je me relève brusquement en feulant, la voix vient d'en face, vers le haut. Je ne veux pas faire plaisir à cette voix en m'avançant pour voir de quelle silhouette elle vient. Hors de question. Une autre voix s'élève, juste à côté de moi, la cage de gauche.

- La ferme Raven, au moins lui il est réveillé, pas comme l'autre nouveau. Ca promet...

Je me tourne vers la voix, sans comprendre. Je découvre une grande femelle au pelage brun roux et deux yeux d'ambre qui me fixent dans la pénombre. Je détourne aussitôt le regard, essayant d'être tranquille mais, me tournant vers la droite, je reconnais mon frère. Kami. Peut-être qu'elle aussi est là. Peut-être... Non. Parmi toutes les odeurs, à part celle de mon frère, aucune ne m'est familière. Il y a celle des Bipèdes aussi. Très forte. Omniprésente. Terrifiante.

- Bienvenue en enfer mon pote.

Je sursaute et relève la tête. Pas de carton au dessus de moi. Seulement une énièpme cage et un petit chat bien trop maigre, un pelage gris et noir trop peu fourni et deux grands yeux verts portant une tristesse infinie. Je me demande qui il est, qui ils sont tous, ce qu'on fout tous ici. Mais je n'ouvre pas la bouche, je n'ose pas poser de questions. Et pourtant j'aimerais bien, j'aimerais tellement comprendre, savoir.

- J'imagine que tu veux des explications ?

C'est la rousse qui parle, à côté de moi, ses yeux me fixent toujours, m'intimident autant que la première fois. Je hoche la tête, ne décroche pas un mot.

- Les Bipèdes nous prennent pour jouets. Ils nous analysent. On se bat parfois entre nous, avec leurs chats entraînés. Ou alors ils nous font des tests bizarres, ils nous piquent avec des trucs de Bipèdes. Aucune échappatoire, souffrance garantie, amuse-toi bien ici.
- Personne n'a réussi à s'enfuir ?
- T'es réactif maintenant ? Ma soeur a réussi avec son compagnon Djinn. Raven a été reprise, pas lui, fin de l'histoire.


Je me tais, n'ajoute rien. Je rêve. Je rêve c'est sûr. Les Bipèdes sont des monstres je le sais bien, mais à ce point ? Non, elle ment, elle ment, comment pourrait-il en être autrement ? Ce n'est juste pas possible. Je rêve. Mais elle continue. Elle continue de parler. Encore et encore et encore.

- Il y a plusieurs règles ici. Déchire pas ton carton si tu veux conserver ta dignité masculine m'enfin ça, c'est ton problème, gaspille pas ta bouffe on en a qu'une fois par semaine, me fais pas chier et surtout, surtout, tu la fermes. Tu ne miaules pas à tort et à travers, tu ne hurles pas, pas ici. C'est agréable pour personne quand les Bipèdes se ramènent. Pigé ?

Je hoche la tête de nouveau mais une question me taraude encore.

- Seth, Raven, Djinn... Et toi, c'est quoi ton nom ?
- Me fais pas chier je t'ai dit.


Je lâche un sourire moitié amusé moitié nerveusement agacé. Je me détourne et retombe museau à museau avec mon frère. Il n'est pas réveillé, j'imagine qu'elle, Ellyenda, lui a infligé la même chose qu'à moi. Il me fait presque pitié, presque.
Je suis interrompu dans le fil de mes pensées par une porte qui s'ouvre et claque durement. Il y a un Bipède, je le vois qui se déplace entre les cages en sifflotant et je prends peur lorsqu'il s'arrête devant la mienne. Il me sourit.Il ouvre la cage et il continue de sourire quand ma voisine me miaule une dernière phrase.

- Dernière règle, ne lui fais pas de mal ou ce sera pire pour toi.

Je frissonne à l'entente de cette phrase morbide et encore plus lorsque je sens les mains moites du Bipède se tendre vers moi et m'attraper sans difficulté, aucune. Je suis transporté je ne sais où, ailleurs en tout cas, une pièce avec des murs blancs, une petite fenêtre, une table. Et un chat.
Elle.
Ellyenda.
Et lorsqu'elle me sourit, je sais quel va être mon objectif. Je suis prisonnier ? Très bien. Je ferai mon possible pour qu'elle paie. Pour qu'elle en crève.
Je vais la tuer.
Je le jure.

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Neuf lunes. Oui. Neuf lunes. Cela fait neuf lunes que je suis enfermé, que je subis. Neuf lunes que je m'efforce de ne pas perdre le fil du temps à défaut de perdre la raison. Neuf lunes que je n'en peux plus, que je meurs, que je crève. Je suis un survivant ici. Je déconne même pas. Neuf lunes que je suis ici, neuf lunes que j'en regarde crever, que j'en vois passer des cadavres dans les bras des Bipèdes. Vingt-sept. Vingt-sept chats en neuf putain de lunes. Vingt-sept anonymes, vingt-sept inconnus, vingt-sept pertes. Et je ne peux me sortir ces nombres de la tête, neuf, vingt-sept et quarante cinq. J'ai quarante cinq lunes. J'ai quarante-cinq lunes et je suis en train de crever sur mon bout de carton dégueulasse. Je suis en train de saigner comme jamais je n'ai saigné de ma vie et alors que j'ai l'impression de crever je le sens qui me regarde à côté, cette chatte qui ne veut pas me dire son nom.
Il y a une tradition ici.
Ton nom, tu ne le dis pas. Tu ne le dis pas parce que c'est tout ce qu'il te reste alors tu ne le dis pas, jamais. Seth, Raven, Kami, ils ont dit leurs noms mais pas moi. Ni elle. On fait figure de héros je crois, vous parlez d'une connerie. Je ne dis pas mon nom parce qu'on en a rien à foutre, à quoi ça va nous servir hein ? Elle, à côté, c'est juste sa putain de tradition de merde et ses yeux de merde qui me regardent bizarrement comme si c'était moi la merde et c'est peut-être vrai après tout. Je ne suis plus rien.

- Arrête de geindre putain t'as que dalle.
- Me fais pas chier comme tu le dis si bien, laisse moi crever comme je veux ça ira mieux après.
- Tu vas crever de rien du tout.


J'en ai marre. Je la hais, je n'en peux plus.
On peut même plus crever tranquille par ici, c'est dingue ça. Je me retourne difficilement vers elle, mes plaies saignent toujours autant et ça me fait un mal de chien et je crois que c'est cette douleur qui me donne autant de hargne que de courage ce soir. Pour la première fois en neuf lunes, je veux qu'elle se la ferme, je veux qu'elle me respecte un tant soit peu, je veux qu'elle arrête de se sentir si supérieure.

- Tu te prends pour qui putain ? Madame est là depuis quoi ? Vingt lunes ? Et tu sais tout mieux que tout le monde ? Putain tu me manqueras pas quand j'serai mort.
- J'ai quatre ans.
- J'en ai rien à fo...
- Je suis là depuis trois ans. Trois ans, je suis l'une des premières, je suis la plus ancienne ici, tu piges ? La plus ancienne, la plus meurtrie, la plus blessée et même si ça te paraît présomptueux, tu sais quoi ? Eux, ils me respectent. Tu vois tes neufs lunes ? Tu vois comme tu te plains comme un con ? T'aurais jamais tenu trois putain d'années, tu piges le nouveau ?


Et ses yeux, son regard, tout en elle est si froid, si implacable, si inaccessible. Je baisse les yeux, je baisse la tête, toute la pression que j'ai en moi se relâche. J'aurais mieux fait de la fermer, d'arrêter avec les déclarations pleines de colère. De ne pas l'ouvrir. De réfléchir un peu pour une fois dans ma vie.

- Eh ouais mon pote. Elle, c'est la crème de la crème tu vois. Trois ans et elle est toujours là. C'est une légende mon pote. Faut pas s'en prendre aux légendes.

La voix de Seth, douce mais pourtant ferme, s'élève et finit de me mettre la honte. J'aimerais m'excuser mais je sais que j'en suis incapable. Même après neuf lunes, j'ai encore un peu de fierté, dingue non ? Je n'en peux plus.
Je veux mourir.

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Parfois, une personne peut tellement vous blesser que vous ne ressentez plus la douleur. Jusqu'à ce que quelque chose vous rende heureux. Puis ça revient. Chaque mot. Chaque souffrance. Chaque moment. Comment pouvez-vous comprendre d'où je viens ? Même si vous me demandez, même si vous m'écoutez, vous n'entendrez pas, vous ne verrez pas, vous ne ressentirez pas. Vous n'avez pas de souvenirs de mon histoire. Vous ne foulez pas le même sentier. Vous ne voyez pas ce que je vois. Mon passé me définit. C'est qui je suis. Je ne suis pas vu, pas entendu, pas désiré. Voici ce que je suis. Si je suis quoi que ce soit. Il semble que la même chose qui me garde debout me fait tomber. Le monde a été mis à l'envers et l'ordre a disparu. Plus rien n'a de sens. Et une lourde tristesse a rempli mon âme. Je me suis renfermé sur moi-même, de plus en plus profondément. Et rien ne peut m'en sortir. Piégé dans la misère de ma vie, perdu dans le chagrin de mon âme, incapable de voir la lumière, incapable de voir l'aube. Incapable de ressentir, d'espérer ou de rêver. Les jours les plus sombres de ma vie n'arrêtent pas de venir. Les nuits les plus noires de mon âme n'arrêtent pas. Il me semble qu'il fait toujours nuit, toujours des cauchemars et jamais l'aube. Jamais le soleil qui jamais ne se lève. Et parfois on de demande : pourquoi ? Mais la plupart du temps on préfère ne pas y penser. Et on essaie de se débrouiller, on essaie de survivre et rien ne semble aussi essentiel que de vouloir retrouver les choses les plus importantes. Comme vouloir revoir le sourire de sa mère. De l'entendre chanter sa chanson préférée, qui nous calme toujours quand les choses ne vont pas. Et si on ne peut pas retrouver cela, au moins pouvoir s'occuper de sa famille. Parce qu'on sait qu'elle a besoin de nous et qu'ils vont avoir peur sans nous. Et qui viendra les rassurer, leur dire que tout va bien se passer ? Et qui me le dira ? Je sais que je suis impuissant, dépendant, désespéré. Mais que se passe-t-il quand ceux dont tu as le plus besoin menacent ton existence ? J'ai entendu beaucoup de promesses et elles se ressemblent toutes. Elles se révèlent toutes à être vides. Le soleil se lève tous les matins mais sais-tu où ? A chaque endroit c'est toujours ailleurs. Mais au moins ça vient, ça vient toujours. J'en dépends à présent. Lentement. Lentement les saisons changent autour de moi. Cette fois peut-être que le monde ne se défilera pas sous mes pattes. J'aimerais que quelqu'un me dise que tout va bien se passer. Un jour, peut-être, je me sentirais normal. Et que je ne serais pas toujours seul.Que j'aurais une personne qui m'aime et qui sera forte pour moi. Parce que je ne peux peut-être pas m'en sortir tout seul. Mon passé, mon histoire, tout ça, ça n'est pas de ma faute.Ce n'est pas à cause de moi et ce n'est pas forcément ce qui doit définir mon futur. On peut m'aimer. Et cette lueur d'espoir fait toute la différence. Et ce sont ces petites lueurs qui me donnent l'espoir qu'un jour, mon été viendra.

♠️ ♠️ ♠️


- C'est impossible, personne ne vient ici !
- Je l'ai vu !
- Tu mens, t'y connais rien, tu...
- Raven, mon pote, peut-être que...
- Non !


Réveillé par les cris hystériques de Raven et la voix suave de Seth, je me relève lourdement dans ma cage. Ma séance d'hier soir, des tests et non des combats cette fois-ci, me revient en tête. Je revois leurs seringues, mon sang, je me souviens de ma tête qui tournait, de ma conscience qui semblait s'enfuir loin, loin, bien trop loin. Et après, rien. Plus rien du tout si ce n'est ce vacarme.
Et une nouvelle certitude.

- Il y avait chat hier.
- Quoi, toi aussi tu débloques ?
- Il était comment ?
- Euh... Un pelage couleur de sable, il avait l'air assez petit et des yeux bleus je crois.
- Raven...
- Non Seth, il est mort merde, tu le sais aussi bien que moi !
- Non je ne sais pas Raven ! T'es la dernière à l'avoir vu vivant et t'étais à moitié dans les vapes alors non, je ne sais pas ! S'il y a une chance qu'il vienne nous aider ce serait sympa de ta part de ne pas ruiner mes espérances avec tes foutues certitudes à la con ! Je sais que tu te persuades de sa mort pour éviter de penser qu'il t'a abandonnée, c'est évident putain !


Je préfère ne rien ajouter. Je crois que c'est la première fois que je vois Seth en colère, la première fois que je l'entends hausser le ton ne serait-ce qu'un tout petit peu. Lui qui est d'habitude si calme, le voir s'énerver à quelque chose d'assez impressionnant. Me détournant de Seth et Raven, je remarque enfin que ma voisine de cage n'est pas là. Sûrement dans la salle de tests. Ou de torture, au choix. Je me demande comme elle fait pour tenir. Comment elle fait pour rester en vie après trois ans de captivité. Tiens, d'ailleurs, en pensant à elle, la porte s'ouvre et tandis que par réflexe je recule dans le fond de ma cage, le Bipède vient déposer sans douceur le corps de ma voisine dans la sienne. Elle est en piteux état. L'une de ses oreilles est déchiré, un bout de sa queue a été coupée, la chair est à vif. Et pourtant, pourtant, elle respire encore, elle se bat encore. Elle ouvre les yeux, me regarde, regarde Seth, regarde Raven et tous les autres chats. Et lorsqu'elle ouvre difficilement la bouche, je remarque une lueur de défi dans ses yeux.

- Djinn est là.

Et cette annonce, faite par elle, lance un silence absolu dans l'ensemble des cages. Légèrement soucieux, je m'approche du bord de la mienne et je scrute Raven en face. Elle a l'air tétanisée.

- Raven ?
- La ferme. Essaie même pas de me faire la morale. Il est part, il m'a abandonnée, c'est tout.
- Il est revenu.
- Pour voir si je suis morte, c'est tout !
- Au point de risquer sa liberté et sa vie ?
- Tu marques un point Machin.


Je grimace. Lorsque Raven a besoin d'intégrer mon nom à ses phrases, elle m'appelle ainsi. Machin. Autant dire que c'est pas super et ça fait jamais vraiment plaisir.

- Murmure des Temps Anciens.
- Hein ?
- C'est mon nom.
- Ah. J'vais t'appeler Murmure hein, faut être fou pour donner un nom aussi long à quelqu'un.
- C'est un tradition là d'où je viens, je m'attends pas à ce que tu comprennes.
- Ouais. Je pige pas.


Elle se détourne et je fais de même. Pour me retrouver museau à museau avec ma voisine de cage qui me regarde bizarrement.

- Plus rien à perdre hein ?
- Si, votre tradition débile me regarde pas.
- C'est qu'elle est débile. C'est tout ce qu'on a trouvé pour essayer de rester en vie un peu plus longtemps. On s'accroche à un nom. J'ai tout perdu et je m'y accroche encore.
- C'est ton droit.
- Je voudrais être morte.
- Dis pas ça. Dis-toi que... Que c'est juste une nuit de plus, une nuit comme les autres. Pense à tes souvenirs d'avant, la lune, les étoiles, tout ce que tu pouvais trouver beau.
- Et si je n'y arrive pas ?
- Alors pense à quelqu'un, une personne que tu aimes bien ou beaucoup ou même que tu admires.


Durant quelques instants elle suit mon conseil, fermant les yeux et je me demande qui est-ce qu'elle peut bien voir avec elle. Sa soeur peut-être. Sa mère ? Probable aussi.
Lorsqu'elle rouvre les yeux, je vois que ça va déjà un peu mieux, elle sourit un peu.

- Salamandre.

Je ne dis rien, je n'ai pas besoin de réfléchir pour comprendre que ce mot, ce simple mot, est en réalité son nom à elle. Je lui souris doucement en retour. C'est un beau nom.
Alors qu'elle se détourne, j'entends à peine les quelques mots qu'elle lâche dans la pénombre.

- Qui aurait cru que ce serait toi.

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Cinquante lunes. C'est l'âge que j'ai à présent. Cela fait quatorze lunes que je suis enfermé ici. Cinq lunes que je connais le nom de ma voisine de cage. Et comme avant, ces nombres m'obsèdent. Elle s'accrochait à son nom, je m'accroche à mes nombres. Ces cinq lunes ont été horribles. Ils nous ont torturés avec des lames, des seringues, des combats nettement plus sanglants. Même Salamandre n'avait pas vécu autant de violence, elle nous l'a avoué elle-même. J'ai failli mourir deux fois, pour de bon je veux dire, je n'exagère même pas. Seth a encore maigri. Je suis inquiet pour lui. Il mange tout ce qu'il a chaque semaine mais j'ai juste l'impression qu'il ne fait que maigrir encore et encore. Raven, elle, a perdu de son mordant, elle se mure dans un mutisme inquiétant et j'ai l'impression que tout a changé, que rien n'est plus pareil. Salamandre se bat, encore et toujours. Je sais que s'il y en a une qui n'abandonnera jamais, c'est elle. Kami, mon frère, est toujours là lui aussi, aussi étonnant que ça puisse paraître. Il ne parle pas beaucoup aux autres, un peu avec moi et ça s'arrête là. Il souffre, je le vois bien. Mais je ne parviens pas à m'inquiéter pour lui.
On souffre tous.
Mais on va s'en sortir.
Et à l'instant même où je pense ça, la porte s'ouvre sur un Bipède. Comme d'habitude, mes réflexes me font me recroqueviller dans le fond de ma cage en priant pour que ce ne soit pas mon tour. Mais non, c'est celui d'un matou gris que je ne connais pas et qui ne parle jamais. Et alors que le Bipède repart en fermant la porte distraitement, une ombre se faufile dans notre compartiment.
C'est un chat couleur de sable.
Aux yeux d'un bleu électrique.

- Djinn !

Salamandre s'est relevée, soudainement emplie d'une force nouvelle. J'aime la voir ainsi, pleine d'espoir. Lorsque je jette un coup d'oeil à Raven. Celle-ci semble figée sur lace, les yeux ronds, la bouche ouverte. Puis, lentement, un sourire se dessine sur son visage alors que celui qu'elle croyait ne plus jamais revoir vient à elle, s'acharner sur le verrou de sa cage. Quelques instants plus tard, elle est libre et se précipite pour libérer Salamandre tandis que Djinn s'occupe de Seth. Ma voisine de cage vient me libérer à mon tour tandis que les trois autres s'occupent de quelques autres chats. Ces autres chats qui s'empressent de crier pour qu'on vienne à eux.
Si seulement ils n'avaient pas crié.
Un grand bruit se fit entendre, comme une porte ouverte puis claquée violemment et, se figeant, Djinn fit comprendre aux libérés qu'il allait falloir partir et vite. Seth n'hésite pas une seconde et bondit sur la porte, actionnant la poignée, faisant entrer l'air frais du dehors dans cette pièce renfermée.
Au loin, la forêt.
La liberté.
Et alors que tout le monde fuit, une voix me retient.

- Murmure ! Tu m'as oublié !

Kami. Mon propre frère. J'hésite à peine, je reviens sur mes pas et je m'empresse de tenter de venir à bout du verrou mais celui-ci résiste, il est tordu et donc encore plus difficile à ouvrir. Lorsque le verrou cède enfin, je n'attends pas qu'il sorte de sa cage pour sortir à nouveau du compartiment, les quatre autres m'ont déjà distancé, je les vois qui m'attendent plus loin, à côté d'un grand buisson. Je leur fais signe de m'attendre et je tourne la tête pour vérifier si Kami est bien derrière moi, en train de me suivre.
Kami n'est pas derrière moi.
Il est juste à l'entrée du compartiment. Des griffes sous la gorge. Ellyenda juste à côté de lui.
C'est un chasseur, il devrait pouvoir se défendre. Mais il est amoureux d'elle. Je le sais, son regard le trahissait, cet amour, il y a quatorze lunes. Il ne bouge pas et je n'ai pas le temps de hurler quoi que ce soit qu'elle me lance un regard glacé avant de l'égorger violemment.
Là.
Juste sous mes yeux.
Et je veux m'élancer vers elle, je veux la tuer, mais une patte me retient. Lorsque je me détourne, je reconnais Salamandre. Elle ne dit rien, me regarde avec tristesse et je comprends. Je ne peux pas le venger. Pas maintenant. Alors je me force à oublier ce que j'ai vu et je cours avec elle pour rejoindre les autres. Et derrière le grand buisson, je découvre un large terrier, sans doute un terrier de blaireau. Assez grand pour qu'on puisse tous se serrer les uns contre les autres. On est encore près des Bipèdes mais ils ne penseront pas que nous sommes restés à proximité, tel est le raisonnement de Djinn et tout le monde semble d'accord pour le suivre. Alors, serré entre Salamandre et Raven, remarquant à peine que cette dernière est anormalement chaude et que sa respiration est anormalement saccadée, je me repasse en boucle les derniers instants de Kami et ma promesse me revient.
Je la tuerai.
Quoi qu'il m'en coûte.

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Le lendemain matin, Djinn s'occupe de tous nous réveiller. Il est encore tôt, je vois encore des traînées roses et oranges dans le ciel, dernières traces de l'aube. A côté de moi Salamandre s'éveille doucement et je lui souris lorsque son regard croise le mien. Cela fait bien longtemps maintenant que j'ai compris ce que je ressentais pour elle. Trois lunes en fait. Mais dans cet enfer, trois lunes se rapportaient pour moi à un sacré bout d'éternité. Je l'aime. C'est aussi simple que ça. Je ne sais pas si elle m'aime aussi, je l'espère. Mais si ça n'est pas le cas ça n'est pas grave. La voir sourire me suffit. Alors qu'elle se relève, et sort du terrier qui a l'air bien moins étroit que lorsque l'on est cinq à l'intérieur je la suis tranquillement. Djinn et Seth conversent, se demandent quelle route empruntée puis, lorsque vient le temps du départ, je remarque enfin que quelqu'un manque à l'appel.
Je me retourne vers le terrier et je la vois. Raven, toujours endormie, là, tranquillement. Endormie, son flanc qui ne bouge pas, ses moustaches non plus ne bougent pas alors qu'elles sont censées le faire non, puisqu'elle respire ? Je m'approche et la secoue doucement par l'épaule. Aucune réaction.
Et j'essaie d'ignorer le froid glacé que je sens sous ma patte.

- Raven ? Raven allez putain déconne pas. Raven ! Djinn ramène-toi !

Je le vois qui s'avance vers moi, les sourcils froncés. Il ouvre la bouche, sans doute pour m'intimer de baisser d'un ton puis il la voit. Et je crois qu'il comprend. Je crois qu'il n'essaie même pas de se voiler la face comme je le fais moi. Je le vois qui se précipite, Salamandre derrière lui et Seth qui nous regarde, comme dépassé par les événements. Je le rejoins et nous regardons tous les deux les deux autres s'acharnant à essayer de la réveiller. J'ai l'impression d'être dans un rêve, que le temps s'est brutalement suspendu. Et lorsque Djinn, par une forte poussée, fait involontairement basculer le corps de celle qu'il aime, je la vois. Je la vois cette affreuse balafre en travers de son ventre, cette balafre noire, elle ne devrait pas l'être. Infectée. Et alors que Djinn pousse un cri et frappe le sol rageusement, je m'approche de Salamandre alors qu'elle s'effondre. Mon frère est mort hier, Raven est morte aujourd'hui. Elle vient de perdre sa soeur. Et j'ai beau essayer de me voiler la face, je sais que rien ne sera plus pareil.
Je passe la matinée à creuser avec Djinn et Seth, creuser pour lui faire une tombe, creuser pour me faire mal, creuser pour oublier. Et lorsqu'enfin son corps est recouvert de terre, nous repartons. On ne la reverra plus jamais. Mais elle serait morte de toute façon. Les Bipèdes ne soignent pas. Au moins, elle aura vu la lumière, elle aura vu la lune, les étoiles scintillantes de la nuit, elle aura vu l'obscurité du soir et la lumière rassurante des astres. Elle aura connu un bout de forêt, un frisson d'adrénaline. Oui, elle aura vécu.
On marche maintenant. On marche encore et encore, je crois qu'on a marché longtemps. Je rêve de trouver un abri, je veux que l'on s'arrête. On est tous épuisés, exténués. Personne n'en peut plus alors, à la demande de Seth, on s'arrête et on se pose. Djinn semble incapable de tenir en place alors il part en vadrouille, je ne sais pas ce qu'il cherche.
Mais lorsque je l'entends crier les noms de Seth et Salamandre, lorsque je les vois relever la tête et courir vers lui, je fais de même. Et lorsque je vois le renard qui se dresse devant nous, je prends peur. Il est énorme, plus gros que le plus gros que j'ai jamais vu de ma vie. Je crois que c'est une femelle, j'entends des glapissement derrière cette bête rousse. Des petits sans doute. C'est une mère. Elle va tout faire pour protéger ses petits des intrus. Et les intrus, en l'occurence, c'est nous. Djinn en particulier.
Et je ne comprends plus rien.
C'est le soir et je suis fatigué, on a marché toute la journée.
Lorsque la renarde lance sa patte contre Djinn je n'arrive pas à réfléchir, je n'arrive pas à bouger.
Lorsque je vois Seth s'élancer et pousser Djinn, je n'arrive pas à crier, je n'arrive pas à penser.
Lorsque je vois le corps s'effondrer et la renarde s'en aller avec, je suis tétanisé.
Autant par la peur que par l'horreur.
Il aura fallu une journée.
Une journée pour que de cinq nous passions à trois.
Une journée pour qu'une grande partie de mon monde s'écroule.
Je veux mourir.
Je veux rentrer chez moi.

♠️ ♠️ ♠️


Trois lunes.
Cela fait trois lunes que j'erre, que nous errons tous. Trois lunes que nous avons enterré Raven. Trois lunes que nous n'avons plus revu Seth. Trois lunes durant lesquelles je n'ai décroché à peine que quelques mots. J'essaie de ne pas me noyer dans tout cet océan de noirceur que j'ai dans la tête. J'ai bien une lumière, de l'espoir. Salamandre m'a dit qu'elle m'aimait. Elle me l'a dit il y a deux lunes et j'aimerais pouvoir dire que les deux lunes qui ont suivies ont été les plus merveilleuses de ma vie mais ça n'est pas le cas. Enfin si, mais pas totalement. Djinn est anéanti. Il a perdu celle qu'il aimait, celle qu'il aime toujours et un ami de longue date. Salamandre aussi est effondrée. Moi aussi mais je pense que je le suis moins qu'eux. Je ne les connaissais pas autant qu'eux, je n'ai pas partagé autant de choses qu'ils ont pu en partager. Alors je suis un peu leur pilier, je me suis rapproché de Djinn, beaucoup. Il sait que j'aime Salamandre, il sait qu'elle me l'a dit et depuis, il nous évite un peu. Comme s'il ne voulait pas souffrir en nous voyant tous les deux. Enfin, ce n'est pas comme si on s'affichait beaucoup mais je le comprends aussi. Je n'aimerais pas que l'on me rappelle chaque jour ce que j'ai perdu.
Alors on erre, encore et encore. Je crois qu'on tourne en rond et je crois aussi que je deviens parano parce que depuis quelques minutes je n'arrête pas d'entendre des bruits autour de nous.

- Djinn ?

Je murmure à peine, il s'approche de moi lentement, le regard à la fois blasé et interrogateur. Il ne parle pas mais je sais ce qu'il va me demander alors je le devance en reprenant la parole.

- C'est moi qui deviens taré ou j'entends des bruits de pas depuis un moment ?

Et lorsque je lui dis ça, je vois ses yeux s'agrandir et je comprends. Je comprends que non, je ne suis pas, je ne deviens pas paranoïaque. Salamandre qui m'a entendu elle aussi se tend. Elle n'aime pas ça, je le sais et moi non plus. Djinn non plus. On est faibles. On n'a pas mangé depuis des lustres. On a maigri et on est à peu près sans défense.
On est dans une clairière. Une jolie clairière. Je ne sais pas où on est. On n'a pas vraiment d'objectif. Je leur ai parlé de ma Troupe un soir et on s'est dit qu'on essaierait de la rallier, de me ramener chez moi et je leur ai dit qu'ils pourraient venir. Que je serais prêt à me battre pour qu'ils soient acceptés. Que je ne les quitterais jamais. Je ne veux pas abandonner les deux dernières personnes qu'il me reste.

- Qui est là ? Montrez-vous on n'est pas cons !

Djinn vient de crier et j'aurais aimé qu'il se taise, qu'il continue de ne rien dire. Mais je vois dans ses yeux qu'il ne contrôle plus grand chose le concernant, je vois qu'il est furieux, qu'il a la haine, la rage au coeur. Qu'il a envie de se défouler. Alors lorsque je vois sept chats sortir des fourrés, je ne suis même pas un peu surpris de le voir s'élancer en criant sa rage, sa haine. J'entends Salamandre qui soupire et attend que l'un de nos ennemis vienne à elle et je décide de faire de même plutôt que de me lancer à l'aveuglette. J'inspire à fond, bouge un peu les pattes et constate que mes muscles sont engourdis. De nous trois, je crois bien que je suis le plus apte à me battre mais Djinn est aveuglé par ses sentiments ce qui peut lui conférer une force phénoménale à condition que l'épuisement attende un peu avant de venir à sa rencontre. Quant à Salamandre, ancienne domestique, elle sait plus ou moins se défendre mais pour attaquer ou feinter, c'est une autre histoire. Il ne faut pas que je m'éloigne trop d'elle.
Le combat fait rage, je le sens lorsque mes pattes se mouvent presque malgré moi et je retrouve cette euphorie que j'avais lorsque j'étais encore un novice, lorsque j'étais encore heureux et que j'avais encore ma famille avec moi. Je parviens à en mettre à terre un premier et je jette un coup d'oeil à Djinn qui se défoule déjà sur son troisième attaquant. Ce manque d'attention de ma part se fait payer par un lourd coup de patte sur la tempe et je roule plus loin. Alors que je vois trouble, j'arrive à discerner celle que j'aime en train de balancer un sacré coup de patte à la gorge de l'un de ses attaquants. Il ne lui en reste plus qu'un. Et comme le hasard fait bien les choses, devinez qui est ce dernier attaquant ?
Dans le mille.
Evidemment, qui d'autre serait assez vicieux pour tendre une embuscade à une bande de chats affamés et désespérés ? Il n'y a vraiment qu'elle pour faire ça. Et elle, je sais qu'elle sait se battre et dans la forêt, ce n'est pas la même chose que surveillée par les Bipèdes. Elle ne se retiendra pas et je sais que Salamandre ne fera pas le poids. Elles le savent toutes les deux. Alors, je me relève et j'essaie d'achever très vite mon attaquant mais j'ai du mal et le temps que je le fasse, je vois la traîtresse, je vois celle dont je croyais être amoureux planter ses griffes dans le cou de celle que j'aime. Et je la vois trancher d'un coup sec comme elle l'a fait pour mon frère.
Je ne hurle pas. Je me contente de bondir en feulant, je cours vers elle et je lui lacère l'épaule de mes griffes. La rage m'aveugle, la peur de perdre quelqu'un d'autre est trop fort, trop présente, bien trop étouffante. Alors je griffe, je crie, je rage et je mords. Je la blesse comme je peux jusqu'à ce qu'elle se casse avec les deux autres chats restants.
Et je ne fais plus attention à rien.
Je me fous de Djinn, je me fous des quatre cadavres gisant dans la clairière, je me fous de tout, de tout, d'absolument tout. Sauf d'elle. Et sa vie. Sa vie qui s'échappe, ce sang qui coule bien trop, ses yeux qui me fixent, elle ne pleure même pas, s'efforce de sourire. Brave même face à la mort.
Je ne veux pas qu'elle fasse ça. Elle ne peut pas partir.

- Tu peux pas... Je t'ai... je t'ai promis de t'emmener dans ma Troupe, je t'aime promis de pas te laisser, je... je t'ai promis de rester avec toi.
- Ca... ça ira.
- Non ! T'as pas le droit d'accord ? On va... On va trouver un truc d'accord ?
- Murmure... Arrête.
- Mais...
- Arrête. Je vais... mourir.
- Dis pas ça, dis pas ça putain !
- Prend soin de .. inn... ccord ?


Et à ce moment-là, alors qu'elle n'a même plus la force de former des mots complets, j'abandonne tout. Je laisse ma dignité derrière moi et je me mets à pleurer comme jamais je n'ai pleuré de ma vie. Je pleure pour deux, j'ai mal pour mille.

- Oui... Oui, je te l'promets !
- ...rfait... Je t'aime... blie pas.
- J'oublierai pas. Jamais. Je t'aime, je t'aime. Je n'aimerais que toi.


Et son sourire, à cet instant, vaut tout pour moi.
Et l'éclat de ses yeux qui diminue.
Et sa queue qui tombe dans la poussière.
Et ses pattes qui deviennent molle.
Et son sourire qui se fane.

♠️ ♠️ ♠️


- On fait ça maintenant donc ?
- Oui.
- Tu es sûr de toi ?
- Je veux la tuer. Je veux qu'elle crève. Je peux pas juste la laisser vivre comme ça.
- Je... ouais. Allez. Tu sais quand est-ce qu'ils vont passer ?
- Quelques instants. Ils seront trois du coup. Trois pour deux.
- Ca ira ?
- T'es fort et moi aussi. On peut largement les avoir tous les trois.
- D'accord.


Djinn et moi sommes cachés dans un arbre. Cela fait trois lunes que nous réfléchissons à un plan, que nous espionnons les trois chats survivants de la dernière embuscade. Trois lunes que nous guettons la meilleure occasion d'en finir avec eux une bonne fois pour toute. Ils ne font que nous suivre, je ne sais pas pourquoi ils n'ont pas attaqué avant. Sans doute qu'il fallait attendre qu'Ellyenda se remette de ses blessures. Alors avec Djinn, on s'est dit qu'au bout de trois lunes environ, ce serait bon. On a laissé des traces jusque dans une partie de la forêt avec un peu moins de buissons  au sol puis on s'est perchés sur un arbre pas trop haut en attendant qu'ils suivent notre piste.
Et, quelques instants plus tard, conformément à nos prévisions, trois chats débarquent pile sous notre arbre. Il discutent tranquillement, ne se doutent d'absolument rien et il ne m'en faut pas plus pour bondir à leur rencontre, semant la panique de leur côté. Djinn me suit, légèrement réticent. Je sais qu'il n'approuve pas vraiment ce plan, ni ce que je veux faire, il n'approuve pas cette vengeance mais il sait qu'il s'est bien défoulé il y a trois lunes, il sait ce que ça fait que de perdre quelqu'un que l'on aime. Alors je crois qu'il comprend. Ou du moins qu'il s'efforce de comprendre.
Je me jette immédiatement sur le plus petit des chats et profite de ce que les deux autres soient encore trop surpris pour l'attaquer sans relâche, sans pitié, sans merci. Un coup de griffe sur l'épaule, un coup de croc sur l'oreille droite, j'esquive ses maigres tentative, je roule, je me relève et bondis, je lui balance une pluie de coup de pattes sur l'échine, je le renverse et lorsque je le vois ainsi, je ne peux m'empêcher de sourire.
Et ma patte plonge dans son cou, plus violemment que prévu. Le sang gicle et il ne m'en faut pas plus pour reculer, pour cesser de sourire. Fini de jouer.
Je me tourne vers Ellyenda, je ne m'inquiète même pas de savoir comment se débrouille Djinn. La traîtresse me regarde, elle me fixe et je crois que j'arrive à entrevoir une légère lueur de crainte dans ses yeux ou peut-être n'est-ce que moi qui prends mes désirs pour des réalités. Elle ne perd pas de temps et se jette sur moi mais je l'esquive et la griffe violemment à l'épaule. Je crois que j'ai rouvert l'une de ses anciennes blessures, tant mieux. Ma rage refait surface et tout se déroule comme la dernière fois. Je frappe, je griffe je mords, je ne fais même pas attention à ses griffures à elle, à ce qu'elle me fait, je ne fais que la tuer à petit feu.
Et enfin, le coup de grâce.
Je me plais à la voir s'effondrer, à sentir son corps s’affaisser tel une poupée de chiffon.
Et je sais, je le comprends.
J'en ai fini avec elle.
Enfin.
Je contemple encore un instant son cadavre, je n'ose pas y croire tant j'ai l'impression de rêver.
Un cri me sort de ma rêverie cependant. Un cri de douleur.
Dont je ne reconnais que trop bien la voix.
Je me retourne et je vois, je comprends. Avec l'impression de ne faire que ça.
Voir et comprendre des carnages.

- Djinn !

Mais il est trop tard et je le sais, je n'en ai que trop bien conscience. Parce qu'alors que je viens enfin de tuer celle que je rêve d'étriper depuis bien trop longtemps, le dernier sale con de survivant vient, dans ses derniers instants, d'ouvrir le poitrail de mon dernier ami.
Et je sais que c'est trop tard, je sais qu'il doit être mort sur le coup. Je sais que le dernier survivant va crever de ses blessures. Maigre consolation.
Je sais qu'à présent je suis tout seul.
C'est moi et le monde maintenant.
Plus seul que je ne l'ai jamais été.
Démuni.
Brisé.

♠️ ♠️ ♠️


J'erre encore, j'ai l'impression de ne faire que ça, errer.
J'aimerais oublier, aussi. Errer pour oublier, m'éloigner, me perdre plus loin que personne n'est jamais allé et n'ira jamais. J'ai tout perdu maintenant.
Je n'ai plus personne.
Plus de famille.
Plus de frère.
Plus d'amis.
Plus d'amour. Plus rien, que dalle, nada.
Et pourtant, elle est encore là. Je la vois qui marche devant moi, elle s'arrête parfois. Je la croise derrière un arbre, elle est assise, elle m'attend et on reprend notre marche, comme toujours, une nouvelle routine. Elle est morte et pourtant elle est toujours là. Et je n'essaie même plus de comprendre. Djinn n'est pas là lui. Ni Kami. Ni Raven. Ni Seth. Ils sont morts à cause de moi. Si j'avais pensé à Kami plus tôt, il ne serait pas mort. Si j'avais vu que Raven avait une plaie infectée, elle ne serait pas morte. Si j'avais bougé pour faire fuir le renard et aider Seth, il ne serait pas mort. Si je n'avais pas voulu me venger avec l'aide de Djinn, il ne serait pas mort.
Et il y a Salamandre, ma Salamandre, mon amour, celle que j'aimerai toujours.
Si j'avais su la protéger, si j'avais su l'aimer comme j'aurais dû, si j'avais été là alors qu'elle avait le plus besoin de moi, elle ne serait pas morte.
Elle ne serait pas morte.
Et pourtant c'est ce qu'elle est, morte. Dans mes pattes.
Impuissance ultime que de voir celle que j'aime mourir sous mes yeux.
Je ne cherche plus à comprendre quoi que ce soit, j'avance, c'est tout, mon pelage est négligé, je m'accroche aux buissons épineux mais je me fiche de la douleur, je me contente de minimiser son importance et je ne vois rien, mes yeux fatigués ne sont fixés que sur elle et sur rien d'autre.
Et puis il y a cette odeur. Cette odeur que je suis maintenant depuis un bout de temps alors que mes yeux fatigués ne reconnaissent plus rien. Je continue d'avancer, encore et encore. Je crois que je me fais interpeller mais peut-être n'est-ce que dans ma tête alors je ne fais pas attention et je continue d'avancer, de marcher malgré tout. Pour la rejoindre, elle qui marche devant moi.
Et d'un coup, elle n'est plus là, elle a disparu.
Encore.
Mais je ne suis pas seul.
Tous ces chats autour de moi qui me regardent curieusement et je ne comprends pas. Où suis-je ?
Je n'ai plus de force, j'ai faim, je suis fatigué et j'ai ce froid qui m'envahit rapidement, bien trop rapidement.
Et je m'effondre.

Lorsque je me réveille, la première chose que je sens, c'est l'odeur des plantes.
Puis je vois le plafond d'une tanière, des plantes tressées.
Des odeurs qui me sont familières.
Je les ai retrouvés. Je ne rêvais pas.
Je...

- Murmure !

Nymphe. C'est Nymphe. Sa voix, son odeur, je les reconnais.
Alors, après ces six lunes d'errance dans une solitude complète, après toutes ces lunes d'enfermement, de douleur et de solitude, je me mets à pleurer. Je pleure à chaudes larmes en entendant la voix de ma soeur, en la voyant, en la sentant. Ma soeur qui a perdu ses deux frères.
Je pleure et je n'arrive pas à m'arrêter.
Je n'ai jamais été aussi heureux de vivre.


Dernière édition par Alice le Ven 29 Déc - 21:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Murmure des Temps Anciens | Nightcore - What it's like to be lonely   Ven 29 Déc - 21:25

♠️ ♠️ ♠️


Onze lunes.
Cela fait onze lunes que je suis revenu tu sais.
C'est long, onze lunes. J'ai eu le temps de réfléchir longtemps, très longtemps mais je pense que tu le sais, tu étais là après tout. Tu es toujours là. Pourtant, je le sais, que tu es morte. Mais rien n'y fait, je te vois quand même qu'importe où je vais. Il s'en est passé des choses en onze lunes tu sais.
D'abord, j'ai eu du mal. Nymphe était très présente pour moi et elle m'a annoncé la mort de Maman quelques lunes auparavant, de maladie. Je m'en doutais, tout comme je me doutais qu'elle était morte en partie à cause du désespoir de la perte de deux de ses enfants qui la rongeait intérieurement. Nymphe a fait sa vie, elle a eu de beaux enfants avec un mâle qui l'aime et qu'elle aime, mes deux neveux sont turbulents mais ils avaient l'air content de me voir, leur oncle dont leur mère leur parlait si souvent. Pour ma part, je lui ai annoncé la mort de Kami. Elle a été anéantie elle aussi.
J'ai mis la Troupe au courant pour mon histoire. Du moins le meneur et le flambeau. Les vétérans aussi. Je n'ai pas aimé le leur raconter tu sais, ça faisait mal, si mal, tellement mal de devoir me souvenir. J'ai dû leur parler des Bipèdes, de leurs expériences, des combats que j'ai dû mener, de l'évasion, de la mort de Raven, celle de Seth, celle de Djinn et la tienne aussi. Je ne pense pas qu'ils aient compris ce que tu étais pour moi, j'ai essayé d'être aussi indéchiffrable que possible.
Ancre aussi est au courant. Ancre accrochée pour l'Eternité.
A propos de ça, je suis désolé. Je sais que je t'avais promis de t'aimer toujours et je t'aime encore, tu le sais. Mais je ne sais pas comment ça s'est produit. Elle a pris de la place dans mon coeur petit à petit. Elle m'a aidée à guérir un peu, sans le savoir. Je ne l'aime pas autant que toi. J'en suis sûr, tu sais. Mais je ne vais pas lui dire. Elle est au courant de l'enfermement, des expériences des Bipèdes. Mais elle ne sait pas pour toi. Elle ne sait pas pour Raven, Seth, Djinn et toi. Surtout pas pour toi. Elle est loin d'être stupide, je pense qu'elle se rend bien compte que j'ai souvent la tête ailleurs. Mais elle me rend heureux, elle me permet d'oublier combien la vie a été dure.
J'ai eu des enfants avec elle. Trois.
Ndranghet, Licaï et Ilyza.
J'espère que tu ne m'en veux pas, j'espère que tu comprendras que tout ce que je veux c'est essayer de retrouver ce bonheur que j'avais avec toi.
J'essaie d'être présent pour ces trois enfants. Parce que je ne veux pas être comme mon père, je ne veux pas être cette figure absente et surtout, je ne veux pas décevoir Ancre. Je pense que le fait que je pense beaucoup à toi, qu'elle sache qu'elle n'aura jamais mon coeur entier la blesse déjà suffisamment pour que je rajoute à ça une irresponsabilité parentale. Et puis même. Je les aime bien ces enfants. C'est toujours étranges de se dire que ce sont les miens.
Ancre a eu beaucoup d'enfants.
Je crois qu'elle peut comprendre mieux que personne comment je peux aimer deux personnes en même temps. Enfin bref.
J'essaie de mener une belle vie, de rattraper le temps perdu.
J'essaie de vivre, tout simplement.
Mais je ne t'oublie pas.
Je ne t'oublierai jamais.
Je te l'ai promis.

♠️ ♠️ ♠️


Vous ne vous souvenez pas de mon histoire. Vous ne pouvez penser qu'à la vôtre. Vous ne pouvez pas me guérir. Vous n'êtes pas guérisseur. Vous ne pouvez pas me sauver ou me cacher. Ceci est mon histoire. Je dois faire la paix avec elle. Il était une fois, un chat qui a été déchiré et, entre chaque perte, il a appris à ne plus faire confiance. Parfois, ma vie est comme un cercle. Un cercle sans fin, un cycle toujours en cours. Et je ne sais pas comment l'arrêter, le modifier ou bien le briser une bonne fois pour toutes. Et chaque fois que je me rapproche, il recommence tout depuis le début. Un tourbillon. Une tornade. Prête à me détruire. Parfois, les choses commencent à devenir meilleures. La vie trouve un nouveau rythme. Une nouvelle normalité. Je pourrais être heureuse. Peut-être que je peux écrire ma propre histoire. Démarrer de rien. Oublier tout le passé. Mais quelqu'un a fait un autre choix et me laisser seul pour comprendre. Quand je me rapproche il recommence tout depuis le début. Quand je ferme les yeux et que je vois ma vie, la vie que j'ai toujours voulu mener, je vois quelque chose de différent de ce que je vis maintenant. Vous voyez ce que je fais mais vous oubliez pourquoi. J'explose de l'intérieur. Parfois lentement, parfois tout à la fois. Un volcan. Quand une étoile est en train de naître, il n'y a qu'une tornade et il faut y survivre. Même si c'est difficile. Car à la fin, une étoile est formée.
Au milieu de tout ce vent, nous sommes des étoiles.
Il était une fois, un chat qui a été déchiré.
Peut-être que vous ne pensiez pas pas que votre chemin croiserait ces vallées ou qu'il vous conduirait à jusqu'à ces montagnes. Mais personne ne peut vous briser de l'intérieur. Et personne ne peut vous dire qui vous serez. Vous avez le choix. Nous sommes des étoiles. Nées du feu et du vent. Nées dans le chaos. Et nous sommes fouettées par les vents furieux, tout autour de nous. Personne ne reste avec nous.
Tout ce que nous avons nous est toujours enlevé.
Mais un jour, un jour, nous allons briller.
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