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 Murmure des Temps Anciens

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Alice
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MessageSujet: Murmure des Temps Anciens   Ven 23 Déc - 21:33

Murmure - Tu m'as sauvé, tu m'as aidé, tu m'as apporté l'oxygène dont j'avais besoin. Sans toi, les choses n'auraient pas été pareilles. J'aurai sombré dans l'oubli, dans les abysses infernales de l'enfer. Je me serai étouffé, je n'aurai jamais su.

PHYSIQUE : Tu n'as rien à raconter. Tu n'es pas normal. Tu ne te souviens même plus de ce à quoi tu ressemblais avant. Si. Tu étais grand. Imposant même. Et large d'épaules. Tu es toujours grand et large d'épaules d'ailleurs. Et ton pelage ? Comment était-il avant l'enfermement ? Tu ne sais plus. Tu as oublié. Tu crois que tu étais blanc. Ou noir. Non. Tu n'en a plus aucune idée. À présent, tout ce que tu sais encore, c'est que tu es gris. Oui, un joli gris d'acier colore tes poils. Cette couleur est jolie, certes. Mais ton pelage est négligé. Tu ne t'en occupes jamais vraiment voire pas du tout. Tu estimes n'en avoir plus rien à faire. Tu as donc l'air décharné en permanence, tu fais peur rien qu'à te voir et tu ne sens pas vraiment très bon.
Sais-tu de quelle couleur sont tes yeux ? Ah ça oui. Tu t'en souviendras toujours car tes yeux sont les premières choses que Salamandre t'aient complimentées. Et tu te souviendras toujours de Salamandre. Tes yeux si beaux, si foncés, si mystérieux, mais surtout si verts. Vert de jade, vert d'étang, vert de printemps. Ton regard est la partie la plus captivante de ton anatomie. C'est celle que l'on voit en premier. Celle dont on ne peut se détacher. Mais à l'heure d'aujourd'hui, tes yeux sont éteints, tes prunelles ont perdu de leur brillance, leur éclat de vivacité qui les animaient alors. Tu portes un regard absent sur tout ce qui t'entoures, tu as constamment l'air en transe. Ce qui est peut-être bien le cas car tu es perturbé et tu ne sais plus où tu en es.
Mis à part tes yeux, ton visage comporte d'autres attributs. Tes moustaches, elles, sont inertes. Tu ne les a plus remuées depuis bien longtemps. Tes oreilles sont de même et ta bouche n'a plus esquissé de sourire depuis des lunes
En vérité ton visage n'a plus jamais représenté la joie de vivre depuis un an.
Depuis Salamandre.

CARACTERE : Ton caractère ? Ton côté psychique ? Personne ne peut réellement le comprendre. Pour ce faire, il aurait fallu te connaître avant la tragédie. Auparavant, tu étais joyeux en toutes circonstances. Tu riais, tu faisais rire et tu t'amusais. Tu faisais tout pour remonter le moral des autres, les rendre heureux, tu les écoutais parler, se lamenter, tu les conseillais au mieux. Et ça marchait. Tu étais un rayon de soleil dans la vie de bien des gens. Tu ne voyais que le positif chez les autres et, pour toi, le mot "pessimiste" ne voulait absolument rien dire. Avant, tu étais animé d'une naïve insouciance, mêlée à un extrême sentiment d'arrogance. Oui, tu étais arrogant. Tu te sentais tout-puissant. Mais tu ne l'étais pas avec tout le monde. Seulement avec les étrangers ou les plus jeunes, les chatons. Jamais avec ta famille ou tes amis. Oui tu avais des amis et une famille. Tu t'étais trop ouvert à eux pour pouvoir juger amusant et divertissant de les rabaisser à l'aide de ton air hautain. Tu n'avais jamais été tenté de leur mentir non plus. Non. Jamais. Car même si tu étais l'une des pires canailles, tu suivais ton propre code d'honneur. Tu estimais détenir le droit de tourmenter tes congénères t'horripilant, ceux que tu ne connaissais pas très bien et que tu n'aimais déjà pas, les plus jeunes, mais tu te refusais à blesser physiquement quiconque sauf, bien évidemment, face à des provocations sans équivoque. Avant, on aurait pu dire que tu étais quelqu'un de bien mais qui ne se laissait pas faire.
Mais cet avant-là n'existe plus. Il a disparu en même temps que l'éclat de tes yeux. En même temps que Salamandre.
À présent, ton visage n'exprime plus aucune joie, tu as perdu ton sourire, tu as perdu ta gaieté de vivre, tu as perdu ton rire, mais plus que ça. Tu as tout perdu. Tout ce qui te permettait de rester toi même, tout ce qui te donnait envie de te battre, de lutter contre la mort et la maladie.
Ta naïve insouciance a été reléguée au rang d'effroyable souvenir, à ce jour, tu te méfies de tout, d'absolument tout. Du simple sifflement du vent au grondement grandissant d'un monstres transportant ces immondes Bipèdes dépourvus de cœurs.
Ta vile arrogance est partie en fumée et tes mensonges ont désormais la fâcheuse tendance de se multiplier et de se complexifier de jour en jour. Tu ne t'ouvres plus à personne et, ta famille et tes amis, eux, tu les as laissés derrière toi, tu n'en a plus rien à faire. Ton code d'honneur, tu l'as jeté aux orties et tu n'hésites plus à tuer de sang froid. Même des inconnus. Même des chatons.
Mais alors qu'en est-il des méandres de ton esprit ? Que deviennent-ils eux ? Ils dérivent. Ta tête est devenue une tempête incessante. Tes rêves se sont mués en cauchemars et les insomnies se multiplient. Tu es fou. C'est ce que tout le monde te dit et te répète. Alors tu évites tout le monde. Car tu ne te considères nullement comme un fou.
Est-ce mal de de ne dormir et de ne manger que rarement ?
Est-ce mal de voir ta chère Salamandre, ton frère et Djinn sans cesse ?
Est-ce mal de ne plus te nourrir comme avant ?
Tu ne le penses pas. Tu aimerais que tes comparses comprennent qu'au-delà de ta prétendue folie, tu es terrifié.
Tu as peur et tu es fou.
Ils disent que tu es un monstre, quelqu'un de différent.
Mais ta peur, ta différence et ta folie font ta normalité.

HISTOIRE :

C'était pareil à une course effrénée, rapide mais douloureux. C'était comme regarder le soleil sans cligner des yeux, beau mais piquant. C'était ça, le cycle éternel qu'est celui de la vie.
Tu es né il y a cinq ans et deux mois. Tu ne t'en souviens pas, bien sûr. Ce que tu en sais, c'est ce que t'en a décris ton père avant de mourir. C'était un jour de printemps, dans la pouponnière du camp de la Troupe Embrumée. Il faisait froid et l'on pouvait encore voir des petites parcelles de neiges un peu partout dans ledit camp. Ta mère était à l'intérieur, en train de mettre bas, tandis que ton père restait à ses côtés, sa patte dans celle de sa compagne, il lui murmurait à l'oreille. Tu arrivas le premier. Tu étais très maigre et tout petit. À vrai dire, tu étais prématuré, comme tout le reste de la portée, d'un mois. Après toi, te succéda ta sœur puis ton frère. Ta soeur te ressemblait beaucoup, quant à ton frère, il tenait plus de ta mère que de ton père sur le plan physique.
Tu fus baptisé Murmure des Temps Anciens. En l'honneur des murmures rassurants de ton père.
Ta soeur devint Nymphe des Vallées Enneigées. En souvenir du temps de cet journée.
Ton frère fut nommé Kami pleurant l'Aube. Pour rendre hommage à votre défunt grand père, Espoir de la Dernière Aube.
Vous étiez une belle portée, en pleine forme, pleine de vivacité. Tout se déroulait pour le mieux. Vos parents vous aimait. C'était tout ce qui comptait.


Tu es en vie depuis maintenant six lunes. Ta vie de chaton s'est extrêmement bien passée, tes parents t'ont élevé aussi normalement que possible. On devrait plutôt dire que c'est ta mère qui t'as élevé. Ton père n'a jamais été vraiment proche de tes frères et sœurs ni de toi. Il était absent, ne venant vous voir que quelques minutes avant de repartir aussitôt. Tu ne voulais pas savoir où il allait, tu ne voulais pas savoir ce qu'il faisait. Mais tu en avais marre, tu n'en pouvais plus. Tu voulais t'enfuir. Mais combien de temps tiendrais-tu sans ta mère ? Sans ton frère et ta soeur ? Pas longtemps sans doute. Mais il ne t'aurais suffit que d'un moment. Juste un et tu aurais été le plus heureux des chats. Ta mère le supporterait ou non tu t'en fichais. D'après elle, Papa était malade. "Oh ça peut prendre un petit moment à guérir" t'avait-elle dit alors que tu la questionnais. Se fichait-elle donc de ce qui arrivait à son compagnon et père de ses enfants ? Ça t'en avait tout l'air. Alors tu es allé le voir lui. Et il t'as renvoyé d'où tu venais. Il est mauvais. Tu le sais maintenant mais tu l'aime maintenant. Il est l'une des choses t'ayant permise de vivre et tu en as conscience. Tu lui dois la vie.
Mais ce soir, tu n'y peux rien tu dois aller prendre l'air. Alors tu te lèves et tu cours aussi vite que possible, te fichant éperdument des cris indignés et apeurés de ta mère, de ta soeur et de ton frère. Alors quand tu sors du camp et que tu sais que dans un instant tu te feras rattraper, tu éclates de rire et tu cours toujours plus vite, toujours plus loin afin que le vent continue de te fouetter le museau en te rafraîchissant, afin de te sentir libre comme l'air, tel un oiseau. À ce moment là, les chasseurs vinrent à ta rencontre et te ramenèrent au camp. Ta mère te hurla dessus et te dit à quel point elle s'était inquiétée. Tu levais les yeux au ciel dès qu'elle avait le dos tourné. Tu n'étais parti qu'à peine cinq minutes !
Tu soupirais et rejoignais ton frère et ta soeur dans ta litière. Vivement le jour où vous deviendrez tous les trois des novices.


Hier c'était ton baptême. Tu as détesté ce jour. Pourtant tout le monde est supposé l'aimer. Mais pas toi. C'est à cause de ton frère. Il n'a pas arrêté de t'énerver. Alors que tu es dans ta tanière, le souvenir te frappe sans crier gare.

Murmure des Temps Anciens ! Est-ce que mon pelage est assez lisse.

Ouais.

Attends ! Pour le promontoire je passe devant ou derrière toi ?

Derrière parce que t'es le dernier de la portée.

Et pour le chef faut lui dire quoi ?

Rien crétin.

Mais t'es pas gentil !


Tu avais alors haussé les épaules. Kami pleurant l'Aube t'énervait depuis ce matin à poser des questions inutiles. Toi qui étais si gentil, si jovial et si rieur par habitude, tu ne riais ni ne souriais plus. Tu étais nerveux et énervé de ces questions futiles.
Alors que vous sortiez au dehors, tu l'entendis t'appeler mais tu l'ignorais du mieux que tu le pouvais et tu plaquais un sourire sur tes lèvres en avançant vers celui qui t'offrirait ton prochain nom. Tu entendis un cri perçant.


Murmure ! J'ai besoin de toi je me suis coincé la patte dans la litière !


Tu t'étais figé sur place, les oreilles frémissantes, en colère. Tu t'étais tourné vers lui, sans rien dire. Alors il se répéta.


J'ai besoin de toi !

C'est bien ça le problème. Tas besoin de moi mais moi j'ai pas besoin de toi.


Ta mère t'avait passé un savon juste après mais tu t'en fichais. Ton frère te faisait la tête mais tu t'en fichais. Tu étais heureux, les autres novices t'aimait bien et c'est tout ce qui comptait. Tu continuais de répandre la bonne humeur autour de toi sauf avec ton frère. Ta soeur, elle, t'aimait et tu le lui rendais bien.


C'était aujourd'hui. Tu garderas ce jour à jamais ancré dans ta mémoire. La première fois que tu l'as vue. Elle traînait au sein de ton territoire, près de la frontière. Elle était étendue de tout son long sur le sol, regardant un peu partout. Et dès que tu l'as vue, tu as senti ses deux prunelles faites de l'eau la plus pure qui soit, d'un bleu clair océanique, se poser sur toi d'un regard brûlant. Alors tu t'es approchée d'elle. Tu n'avais pas vraiment conscience de ce que tu faisais. Elle était là et c'était tout ce qui comptait à tes yeux.
La première fois, vous n'avez pas échangé une seule parole. Vous vous êtes seulement regardé. Puis elle est partie aussi vite qu'elle était arrivée, tant et si bien que tu as cru avoir rêvé.
Le lendemain, tu retournais au même endroit et elle était toujours là. Tu aurais juré qu'elle t'attendait. Cette fois-ci, tu avais apporté deux souris. Elle t'avait à peine murmuré un petit "Merci" avant d'en manger une et de te laisser l'autre. Elle paraissait si inoffensive. Si innocente.
Le troisième jour tu ne pus pas la rejoindre à ton grand regret. Il était temps pour toi de devenir officiellement un chasseur. Tu avais alors seize lunes. Tu avais pris trois lunes de retard durant ton entraînement car tu avais été atteint du mal blanc, t'empêchant de faire quoi que ce soit correctement.
Le quatrième jour, elle n'était pas là. Tu étais inquiet. T'en voulait-elle ? Sans doute. Alors tu repartis, la mort dans l'âme en laissant une unique souris là où vous vous asseyiez tout les deux d'habitude.
Le cinquième, sixième et septième jour, elle ne fut pas là non plus.
Le huitième jour, alors que tu n'avais plus beaucoup d'espoir, tu te décidais à y retourner. Une dernière fois. Et elle était là. ALors tu cours vers elle aussi vite que tu le pus. Tu savais que vos rencontre étaient illégales, que tu ne connaissais rien d'elle même pas son nom, mais tu l'aimais. C'est ainsi.


Tu m'as manquée...

Désolée, j'ai eu un empêchement de plusieurs jours et...

Non, ne dis rien c'est pas grave, l'important c'est que tu sois là aujourd'hui.

Je viendrais dès que possible et je te préviendrais quand je ne pourrais pas venir, je sais que tu n'as pas le droit de quitter ton camp.

Comment es-tu au courant ?

Je viens souvent par ici et on m'a chassé une fois. On m'a dit que c'était le "territoire de la Troupe Embrumée".

Sois prudente, nos chasseurs pourraient te tuer.

Elle hocha la tête et sourit. Cela changea le monde. C'était comme si un rayon de soleil vous éclairait, que les nuages s'en allaient au loin, poussé par doux vent de printemps. Vous étiez front contre front à vous regarder dans les yeux. Tu l'aimais. Elle t'aimait. Vous vous aimiez. C'était tout ce qui comptait à tes yeux.
Tu n'avais même pas remarqué qu'elle n'avait pas vraiment répondu à ta question. Un territoire ne voulait pas dire un camp et une infime partie de toi te hurlait de t'enfuir loin d'elle, de lui poser plus de questions et de te méfier. Mais tu ne l'écoutais pas.

Me diras-tu ton nom, un jour ?

Un jour...

Pourquoi pas aujourd'hui ?

Les belles choses se font toujours attendre.

Pas faux.

Elle rit un peu et tu souris. Rien ne t'avais jamais semblé aussi beau que son rire.
Au loin, le soleil commençait déjà à décliner dans le ciel bleu dépourvu de nuages. À regret, tu te décollais d'elle, lui donnais un dernier coup de langue avant de reculer et de t'en aller à reculons. Puis, quand elle fut totalement hors de vue, tu te retournais et courais jusqu'au camp.


Cela fait maintenant vingt lunes que vous vous voyez. Vingt lunes et tu ne connais toujours pas son nom. Et cela ne te semble pas anormal du tout. Tu continuais de la voir presque tous les jours. A vrai dire, tu ne te soucias plus vraiment des règles que tu enfreignais ou non. Tout ce qui avait de l'importance à tes yeux désormais, c'était elle. Elle. Tu aurais bien voulu pouvoir l'appeler par son nom mais c'était bien évidemment impossible. De plus, tu ne voulais l'offenser en te montrant trop insistant. Tout te semblait si parfait. Au réveil tu vois que tout va bien, tu regardes autour de toi et tu es stupéfait. Tu penses à toutes ces petites choses qui rendent la vie si belle et tu te dis que tu ne changeras jamais rien, que c'est le meilleur sentiment qui puisse exister. C'est d'une telle innocence que tu aimerais la conserver à tout jamais. Chaque fois que tu vas la voir, une journée devient la journée parfaite. Tu as besoin d'elle maintenant, jamais tu ne la laisseras, jamais tu ne l'ignoreras.
Aujourd'hui tu as trente-six lunes.
Aujourd'hui tu vas la voir.
Aujourd'hui tu commets la plus grande erreur de ta vie.
Mais ça, tu ne le sais pas encore.


PDV Elle

Il est si naïf. Murmure des Temps Anciens. Un parfait idiot. Aveuglé par l'amour inconditionnel qu'il me porte. Et qui n'est certainement pas réciproque. Et qui ne le sera jamais. Je suis incapable d'aimer. L'amour m'a brisée, détruite, il a fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Une manipulatrice. Une menteuse. L'amour m'a fait ça. L'amour maternel. Si tu cherches bien, tu verras que sous mon sourire se dissimule un cœur empli d'amertume. Le poison s'est trop enfoncé à l'intérieur, il y a posé sa marque. J'aurais pu être sauvée. Si les gens s'en étaient rendus compte. Mais non. Tous des égoïstes.
Je ne suis pas ce que je voulais être, je suis devenue un monstre.
Je ne peux pas lutter contre ces mauvaises intentions.
Je n'ai pas choisi d'être comme ça.
Mais qu'est-ce que je peux y faire ? Ma mère m'a corrompue. Ma mère et sa haine. Son désir de vengeance. Emy cherchant les Fées. Ancienne chasseuse de la Troupe Inondée. Exilée pour trahison. Même mon nom à moi est fait de haine et d'espoir de vengeance. Ellyenda bravant la Marée. Je hais ce nom. Je hais ma mère. Je hais Murmure des Temps Anciens. Je hais le monde.
Mais surtout Murmure.
Il fait partie de la Troupe Embrumée. La Troupe de mon père. Ma mère veut détruire les Troupes. Je l'aiderais dans ce projet fou.
Cependant, contrairement à ma mère, j'ai compris une chose sur mon père. Il a eu d'autres chatons depuis le temps. En toute légalité. Mais ça n'est pas le pire.
Le pire c'est que je connais l'un de mes frères.
Murmure des Temps Anciens est mon frère.


Tu étais devant la frontière, le lieu de votre rendez-vous, comme toujours. Cependant, elle n'est pas là. Où est-elle ? Elle n'est jamais en retard d'habitude. Elle est toujours là quand tu arrives. Lui serait-il arrivé malheur ? Et si des chasseurs de ta Troupe lui étaient tombés dessus et l'avaient tuée ? Oh non, ce serait alors ta faute ! Quelle tragédie !
Soudain, un bruissement se fit entendre derrière toi. Tu te retournas avec le fol espoir de la voir et tu t'apprêtais à courir vers elle, presser ta tête contre son coup, la faire ronronner de joie. Mais tu t'arrêtas net. Ce n'était pas elle. C'était Kami pleurant l'Aube. Et vous étiez toujours en froid tout les deux.
Tu le regardais d'un air méfiant, ne sachant pas vraiment à quoi t'attendre de sa part. Savait-il que tu venais ici depuis plus de quinze lunes ? Savait-il qui tu allais retrouver ? Tu en doutais. Il avait l'air tout aussi surpris que toi de te voir ici.

Murmure ? Qu'est-ce que tu fiches ici ?

Je pourrais te retourner la question !

J'attends Ellyenda.

C'est qui ça ?

Une proche, elle veut me montrer quelque chose pas loin, elle m'a dit de l'attendre ici.

Elle est de quelle Troupe ?

Oh euh... la notre évidemment, tu me connais ! C'est une amie de Nymphe !

Tu savais aussitôt qu'il mentait. Nymphe des Vallées Enneigées, ta soeur, étaient du genre solitaire. Sa seule amie ne se nommait pas Ellyenda mais Eejil chantant sous les Astres.

Et quel est son nom complet ?

Ellyenda bravant la Marée.

Cesse de mentir. Cette femelle n'existe pas !

Oh que si !
lança une troisième voix.

L'odeur te sauta à la gorge. La voix aussi. Et tu la reconnus. Elle. Avant que tu ne puisses ouvrir la bouche, elle se jeta sur toit de tout son poids et t’assommas proprement d'un coup bien placé sur la tempe.

* * *

C'était un monde de noirceur. Noir. Partout. Les ténèbres. Elles t'enveloppaient de leur froide étreinte, se resserrant chaque fois un peu plus sur toi, te rapprochant à chaque fois un peu plus de la mort ou du coma sans fin. Dans les deux cas, cela revient au même. Tu n'entends rien. Tu ne sens rien. Tu ne vois rien. Tu ne touches rien. Tu ne ressens plus rien. Et même ça tu ne le sais même pas car tu dérives dans le courant de l'inconscience.


Tu te réveillais dans un endroit qui t'étais inconnu. Un endroit sombre. Tu avais mal sous ton ventre. Tu essayas de te lever mais l'une de tes pattes arrières tomba dans un trou. Tu sursautas et te cognas contre la haut de l'endroit où tu es. Alors que tu commençais à paniquer, tu te mis à respirer profondément, essayant tant bien que mal de te calmer. Ton rythme cardiaque s'apaisa et tu respirais désormais normalement.
Tu regardais alors autour de toi, le regard aussi bien effrayé que terrifié. Une cage. Tu étais dans une cage. Tu t'approchais des barreaux du devant et tu constatais que quelques chose verrouillais la porte. Tu te jetas de tout ton poids dessus, mais à part de provoquer une douleur sourde dans l'épaule, cela n'eut aucun effet. Alors, tu te contentas d'observer ce qu'il y avait autour de ta cage. Eh bien, il y avait une multitude de cages. De chats. Une multitudes d'odeurs différentes. Celles des habitants, de leurs déjections, de nourriture moisie. Et celle, plus forte encore, de Bipèdes. Le silence régnait. Jusqu'à ce qu'une voix moqueuse retentisse parmi les cages d'en face, vers le haut.

Regardez moi ce petit nouveau ! Il ne tiendra pas trois jours !

Tu feulais en crachant car tu savais pertinemment que la femelle, car c'en était une, s'adressait à toi. Puis, une voix, plus posée et plus calme, retentit dans la cage voisine à la tienne.

La ferme Raven, garde tes forces, c'est bientôt ton tour. Le nouveau, comme tu dis, a déjà bien trop de choses à penser pour qu'on s'amuse avec lui. Le deuxième aussi d'ailleurs. Il a toujours pas émergé. Ça promet...

C'était une grande femelle au pelage roux clair, tigré d'un beau marron clair. Ses yeux étaient couleur d'ambre et il se dégageait d'elle un tel éclat d'autorité et de fermeté, que tu n'avais aucune mais alors aucune envie de te la mettre à dos ou de la décevoir. Tu te détournais des deux femelles qui s'étaient mises à s'échanger des piques, ce dont elles avaient l'habitude visiblement, et tu t'orientais vers ta seconde cage voisine. Et tu restais figé d'effroi. Kami. Ton frère. Là. Juste à côté.
Avec une infime petite lueur d'espoir en laquelle tu ne plaçais pas grande conviction, tu la cherchait des yeux. Et tu ne la trouvas nulle part, dans aucunes des cages qui t'étaient visibles. Ellyenda bravant la Marée t'avait trahi. Elle t'avait tendu un piège entre ton frère et toi. Elle devait payer. Mais d'abord, il fallait que tu sortes de là.
Alors autant se renseigner.

On est où là ?

Bienvenue en enfer mon pote.
lança un chat au dessus de toi, que tu n'avais pas remarqué auparavant. Il était petit, très maigre, trop même, avec un pelage gris et noir et de grands yeux verts.

Seth ! Le décourage pas alors qu'il vient juste d'arriver. Manquerait plus qu'il finisse comme Horus ! persifla la femelle rousse

Merci de me rappeler mon frère, c'est si délicat de ta part...

Que lui est-il arrivé ?
lanças-tu, dans l'espoir de comprendre quelque chose.

Je te laisse lui expliquer hein, c'est pas toi qui revis sa mort chaque fois que tu en parles.

Très bien très bien ! Horus a essayé de s'évader, il paniquait trop. Son loquet de cage était abîmé et il a réussi. Sauf que le Bipède est entré et l'a tué. En lui brisant la nuque. Sous nos yeux à tous.

Et personne n'a jamais réussi à...

Sortir d'ici ? Si. Ma soeur, Raven. Avec son compagnon, Djinn. Sauf qu'elle a été reprise et remise en case. C'est celle qui t'as si bien accueilli. Quant à Djinn, on pense qu'il est mort. Ou encore en vie. On n'en sait rien. Il n'est jamais revenu la chercher.

Tu allais poser une question mais elle te tourna le dos aussitôt, mettant ainsi fin à la conversation. Tu ne compris pas pourquoi alors tu feulas. Ce que tu regrettas aussitôt. Une main s'abattit sur le loquet de ta cage et tu reculas. Mais la main t'attrapas sans ménagement et te porta sans effort. Puis, tu sentis une aiguille te rentrer dans le cou. Tout n'était alors plus que flottement...

* * *

Tu te retrouvais dans une pièce que tu ne connaissais pas. Encore. Face à quelqu'un que tu connaissais. Malheureusement. Tu n'eus pas le temps de te ressaisir qu'elle te sautait dessus et te griffait de toutes ses forces la patte arrière droite. Ignorant la douleur, tu te retournais et tentais de lui mordre furieusement la queue, mais elle t'esquiva, trop rapide pour toi.

Ellyenda ! Sale traîtresse ! Tu m'as trompé !

Non tu crois ? Quelle intelligence ! Dommage qu'elle ne se manifeste que maintenant.

Le combat se poursuivit encore longtemps et lorsqu'elle t'assommas pour la deuxième fois de ta vie, tu fut transporté dans ta cage. Tout n'était donc qu'un éternel recommencement ?


Neuf lunes. Neuf lunes que tu es là. Tu es un ancien. Un survivant. Tu ne sais pas comment tu as réussi à tenir. Vous êtes battus par des chats ou les Bipèdes eux-mêmes. Vous ne mangez que peu et vous buvez encore moins. Vous n'êtes plus beaucoup, vous mourrez les uns après les autres et tu le sais. Tu ne demandes plus qu'une seule chose : quand viendra ton tour de succomber ?
Autour de toi, des cages à l'infini. Rien n'a changé. Mis à part avec ton frère. L'infortune vous a de nouveau rendu proche, comme avant. Tu avais réussi à nouer des liens avec Raven ainsi que Seth avec lequel tu t'entendais super bien. Tu te considérais également comme ami avec ta voisine, la rouquine. Elle ne t'avait pas dit son nom. Personne ne connaissait le tien non plus d'ailleurs. Personne ne te l'avais demandé. Ici, on ne disait son nom que lorsque l'on n'avait plus rien à perdre. Toi, tu avais ton frère ainsi que l'espoir de revoir la lumière du jour.
Raven n'avait plus rien. Elle avait perdu sa liberté, son foyer, son compagnon et maintenant l'espoir. Elle n'avait plus que le sarcasme pour masquer sa peur.
Seth, lui, avait encore de l'espoir mais n'avait plus de frère. Mais bon, cette règle, il s'en fichait comme tu te fichais de ta première proie.
Kami, lui, leur avait dit son nom. Mais c'était plus pour se montrer amical qu'autre chose. Il a toujours été trop enfantin, il n'est pas encore passé par la torture, juste par le combat. La torture... Une épreuve horrible que seuls les chats les plus robustes supportent. Raven, Seth et ta voisine l'ont subie. Toi aussi. Mais ça n'était que le début d'après eux. Le Bipède ne t'aurait pas trop endommagé apparemment.
La rouquine avait ricané quand tu t'étais plaint de souffrir le martyr. Tu t'en souviens comme si c'était hier.

Mmrh... ça fait un mal de chien !

Remets-toi, t'as rien.

Tu rigoles ?

Non. Tes plaies cicatriseront avant demain soir.

C'est ça ouais.

Ne me crois pas, fais comme tu veux. Tu n'es là que depuis neuf lunes, comment pourrais-tu comprendre ?

Parce que tu es mieux que tout le monde toi peut-être ? T'es là depuis quoi, une quinzaine de lunes ? Et tu saurais tout ce à quoi on doit s'attendre ? Prend moi pour un abruti oui.


Elle n'avait pas répondu tout de suite et de toute façon, tu étais en colère et rien n'aurait pu te calmer. Puis, à ta grande surprise, tu l'entendit prendre une grande respiration et sa voix s'élever de nouveau.


Je suis ici depuis trois ans. Je n'ai que quatre ans. Alors ne pense pas que tu en connais plus que moi. Même Raven n'est pas là depuis aussi longtemps.


Un long silence s'ensuivit, toi, gêné mais trop en colère pour t'excuser, elle, te fixant de ses deux grands yeux de braise brillant de haine et de rage, les autres, te regardant d'un air moqueur, désolé ou compatissant.


Eh ouais mon pote. lança Seth. Cette femelle c'est la crème de la crème tu vois. Trois ans ici et elle n'a pas clamsé comme les plus jeunes. Trois ans ici et personne ne connaît son nom à part sa soeur. C'est une légende mon pote. Faut pas s'en prendre aux légendes.


Tu le regardais, gêné. Tu désirais t'excuser, mais lorsque tu te tournais vers elle, tu vis ses yeux brillant de larmes avant qu'elle ne se détourne. Ce fut comme un coup de griffe plongé dans une plaie infectée. Plus que douloureux.


* * *

C'est ton tour. Tu le sais. Tu as peur. Tu évites de le montrer. A côté de toi, Kami pleurant l'Aube tremble dans sa cage. Tu lui lances un regard qui se veut rassurant. A ce moment précis tout recommence. La main, le mouvement de recul puis, l'aiguille et la sensation de flottement.
Lorsque tu te réveilles, tu es attaché. En position allongée, sur le ventre, pattes tendues. Tu prends peur. Que va-t-il t'arriver ? Que va-t-on te faire encore endurer ? Alors que ces interrogations continuaient de te terrifier, tu ne vis pas le Bipède. Tu ne vis pas la lame. Tu ne fis que ressentir la douleur.
Au début, ça n'était qu'une pointe froid traçant une fine ligne blanche puis rouge entre les poils. C'était semblable à une caresse gelée qui te faisait frissonner. Puis, la lame commença à s'appuyer de plus en plus sur ta peau fragile. Elle repassa ensuite une troisième fois, te coupant superficiellement. Il n'y eut rien. Pas de sang, rien. Juste une petit picotement qui ne te gênait pas vraiment. Tu étais cependant tétanisé. La douleur future te faisait peur. Qu'allait-il se passer alors ?
Tu le sus aussitôt.
La lame qui s'était retirée quelques instants auparavant revint, plus rapide, plus forte et plus insistante. Elle s'appuya sur ta peau, tranchant petit à petit ta chair rose, s'enfonçant dans ton corps. Puis, au lieu de s'enfoncer, elle commença à tracer difficilement une ligne. Ensuite, elle continua mais s'enfonça en même temps. Tu hurlas. Ça faisait un mal de chien.
Elle se retira une nouvelle fois et tu crus, l'espace d'un instant, que c'était fini, que tu allais pouvoir retourner dans ta cage. Mais non. Cette fois-ci, elle s'abattit plusieurs fois en une pluie de petits coups sur ton dos, coupant des poils, traçant de fines lignes rouges sur ta peau, quelquefois la faisant saigner. Alors que tu serrais les dents, tu jetais un coup d'oeil vers la fenêtre. Il y avait là un chat. De petite taille, une fourrure couleur de sable et des yeux d'un bleu électrique. Alors que tu oubliais la douleur et que tu le fixais dans les yeux, cherchant à comprendre pourquoi un chat s'aventurait ici, tu ne te préparas pas. Quand deux mains vinrent s'abattre sur ton échine et te bourrer de coup, tu n'étais pas prêt. Alors tu hurlas une nouvelle fois. Et tout cela continua pendant quelques heures.
Puis, tu te retrouvais encore seul. Jusqu'à ce que la traîtresse, Ellyenda bravant la Marée, vienne à toi. La fureur s'empara de toi et tu ne pus te résoudre à conserver tes mots pour toi.

Je ne te stopperais pas. Je le ferais quand tu auras tout ce que tu as souhaité. Je t’emmènerai plus loin et te dépouillerai de tout ce qui te rends heureuse. C'est une croisade pour t'obliger à te mettre à genoux.

Ferme la pauvre idiot. Rien ne me rendrais plus heureuse que ta mort.

Je t'emmène vers le bas avec moi
Jusqu'à ce que tu...

Tais-toi !

Ne puisses plus dormir et respirer, tu as rencontré ton ennemi, il n'y aura pas de paix avec moi.

Tais-toi ou je te tue là maintenant !

Je t'emmènerais vers le bas avec moi, jusqu'à ce que tu ne puisses plus dormir et respirer...

Elle se jeta sur toi et t'assomma proprement en te donnant un bon coup de patte sur la tempe.

* * *

Parfois, une personne peut tellement te blesser que tu ne ressens plus la douleur. Jusqu'à ce que quelque chose te rende heureux. Puis ça revient. Chaque mot. Chaque souffrance. Chaque moment. Comment peuvent-ils comprendre d'où tu viens ? Même s'ils te demandent, même s'ils m'écoutent, ils n'entendront pas, ils ne verront pas, ils ne ressentiront pas. Ils n'ont pas souvenir de ton histoire. Ils n'ont pas foulé le même sentier. Ils ne verront pas ce que tu as vu. Ton passé te définit. C'est qui tu es. Tu n'es pas vu, pas entendu, pas désiré. Voici ce que tu es. Si tu es quoi que ce soit. Il semble que la même chose qui te gardait debout t'as fait tomber. Le monde a été mis à l'envers et l'ordre a disparu. Plus rien n’avait de sens. Et une lourde tristesse a rempli ton âme. Tu t'es renfermé sur toi-même, de plus en plus profondément. Et rien ne pouvait t'en sortir. Piégé dans la misère de ta vie, perdu dans le chagrin de ton âme, incapable de voir la lumière, incapable de voir l'aube. Incapable de ressentir, d'espérer ou de rêver. Les jours les plus sombres de ta vie n'arrêtaient pas de te revenir. Les nuits les plus noires de ton âme ne s'arrêtaient pas. Il te semblait qu'il faisait toujours nuit, toujours des cauchemars et jamais l'aube. Et parfois, on se demande : pourquoi ? Mais la plupart du temps, on préfère ne pas y penser. Et on essaye de se débrouiller, on essaye de survivre. Et plus rien ne semble aussi essentiel que de vouloir retrouver les choses les plus importantes. Comme vouloir revoir le sourire de sa mère. De l'entendre chanter sa chanson préférée qui nous calmait quand les choses n'allaient pas. Et si on ne peut pas retrouver cela, au moins pouvoir s'occuper de son petit frère. Parce qu'on sait qu'il a besoin de nous et qu'il va avoir peur tout seul. Et qui va lui tenir la main et lui chuchoter que tout ira bien ? Et qui te le chuchotera ? Tu sais que tu es impuissant, dépendant et désespéré. Mais que se passe-t-il quand ceux dont tu as le plus besoin menacent ton existence ? Tu as entendu beaucoup de promesses et elles se ressemblent toutes. Elles se révèlent toutes à êtres vides. Le soleil se lève tous les matins, mais sais-tu où ? À chaque endroit, c'est toujours ailleurs. C'est dur de trouver l'Est quand on n'arrête pas de bouger. Mais au moins ça vient. Ça vient toujours. Tu en dépends à présent. Lentement. Lentement, les saisons changent autour de toi. Cette fois, peut-être que le monde ne se défilera pas sous tes pieds encore une fois. Les pieds sûrs. Les racines poussent. Des petits boutons d'espoir commencent à se former. Tu essaies lentement de faire confiance à cette nouvelle vie. Tu souhaiterais que quelqu'un te dise que tout va bien se passer. Un jour, peut-être que tu te sentiras normal. Et que tu ne seras pas toujours seule. Que tu auras quelqu'un qui t'aime et qui sera fort pour toi. Parce que tu ne peux peut-être pas t'en sortir seul. Ton passé, ton histoire, n'est pas ta faute. Ce n'est pas à cause de toi et ça n'est pas obligatoirement ce qui définit ton futur. On peut t'aimer. Tu mérites qu'on s'occupe de toi. Et cette lueur d'espoir fait toute la différence. Ces lueurs d'espoir te donnent l'espoir qu'un jour, ton été viendra.


Lorsque tu t'éveilles enfin, tu te rends compte avec un certain soulagement que tu es de retour dans ta cage. Tu remarques alors deux choses. La première est que Seth est très occupé à tenter d'empêcher une engueulade entre Raven et un petit nouveau arrivé ce matin, la seconde, que ta voisine n'est plus dans sa cage.
Avec un mal de tête horrible, tu tentais de t'intégrer à la conversation qui s'avérait être aussi dangereuse qu'un champ de mines.

C'est impossible ! Aucun chat doué de sens ne s'aventure ici ! s'énervait Raven.

Mais je l'ai vu ! Il était là quand ils m'ont emmenés ici !

Ce n'est pas possible !

Raven, mon pote, arrête. Il y a peut-être une infime possibilité que...

Non ! Aucun chat ne vient ici !

Il y en avait un.
lançais-tu.

Les trois félins se tournèrent vers toi, tandis que les innombrables autres chats occupants toutes les autres cages daignaient visiblement prêter attention à la conversation. Tout les moyens étaient bons pour se divertir ou pour espérer que quelqu'un vienne les délivrer.

Je l'ai vu quand le Bipède m'a torturé. Il était petit, il avait de grands yeux bleus, très profond, électrique, ses yeux. ET une fourrure couleur de sable.

Mon pote... ta description ressemble à Djinn... Est-ce qu'il serait possible que...

Non ! Djinn est mort ! Il n'y a aucune chance qu'il soit encore là Seth et tu le sais très bien !

Non je ne sais pas Raven ! Il n'y a que toi qui l'ais vu vivant pour la dernière fois et tes souvenirs sont flous alors non je ne sais pas ! S'il y a une chance qu'il vienne nous aider alors je dois la croire cette chance ! Ne ruine pas toutes mes espérances avec tes prétendues certitudes ! Tu te persuades qu'il est mort pour ne pas te dire qu'il t'as abandonnée et ne le nie pas, c'est évident !

Tu te tus aussitôt. Seth ne s'était jamais énervé de la sorte. De votre quatuor, c'était celui qui avait le plus de sang-froid, qui était toujours calme et posé. Le voir aussi sur les nerfs te faisait mal. Alors que Raven ouvrait la bouche pour répliquer, la porte de votre compartiment s'ouvrit et un Bipède vint balancer le corps inerte de la rouquine dans sa cage.
Elle ne bougeait presque plus, seul son flanc se soulevait péniblement et de manière irrégulière. Du sang coulait tout le long de sa queue et souillait également son poitrail. En y regardant de plus près, tu discernais la chair à vif de sa queue dont les Bipèdes avaient sans aucun douté coupé le bout ainsi que les petits points ensanglantés sur sa nuque.
Tu l'as vis ouvrir les yeux ainsi que la bouche, cherchant à reprendre son souffle tandis qu'elle tentait d'articuler des mots qui n'arrivaient visiblement pas à franchir la barrière de ses lèvres. Tu te pressais contre les barreaux de ta cage, cherchant à te rapprocher un maximum d'elle.

Djinn... est vi... vivant...

Au dessous de toi, Seth leva les yeux et tu croisais son regard, notant son expression d'espérance. Raven, elle, fixait sa soeur, le regard absent, le visage dénué d'expression. Son compagnon était vivant. Il était venu jusqu'ici.

Raven, il ne t'as pas abandonnée. S'il est parti c'était sans doute pour élaborer un plan et revenir te chercher par la suite.

Peut-être. Ou peut-être voulait-il simplement s'en aller et ne pas risquer sa liberté pour moi.

Alors pourquoi serait-il revenu ?

Pour voir si j'étais morte.

S'il ne voulait pas risquer sa liberté, il ne serait pas venu.

Tu marques un point machin.

Tu grimaçais. Lorsque Raven avait besoin d'intégrer ton prénom dans ses paroles, elle te nommait "machin" tout simplement parce qu'elle ne connaissait pas ton vrai nom.

Murmure des Temps Anciens.

Quoi ?

Je m'appelle Murmure des Temps Anciens.

Ah. J'vais t'appeler Murmure hein, faut être fou pour donner un nom aussi long à quelqu'un.

C'est la tradition de ma troupe, je m'attends pas à ce que tu comprennes.

Ouais, je pige pas. Mais c'est pas grave. Alors t'as plus rien à perdre ? Et ton frère ?

Mon frère sait se débrouiller seul, il n'a pas besoin de moi et je n'ai pas besoin de lui. Sur ce coup là je suis seul.

Et ta liberté ?

Je n'ai aucune liberté même quand je n'étais pas ici. Alors non, je n'ai plus rien à perdre.

Elle hocha la tête un moment avant de se retourner et de se coucher dans sa cage. Ce que fit la totalité des chats du compartiment mis à part ta voisine de cage qui, elle, te fixait avec une lueur respectueuse dans les yeux.

Comment tu fais ? lança-t-elle

Comment je fais quoi ?

Comment tu fais pour rester aussi positif, aussi plein d'espoir ? Comment tu fais pour savoir si tu n'as plus rien à perdre ou non ?

Je ne sais pas. Je le sais c'est tout. Et toi ?

Je ne sais pas. Je n'ai plus rien à perdre je crois. Mais je n'arrive pas à dire mon nom.

Pourquoi ?

J'en sais rien. Je ne veux sans doute pas que n'importe qui sache ou que les gens pensent que je suis faible parce que je n'ai plus rien à perdre.

Raven n'a plus rien à perdre et personne ne la crois faible. Seth aussi.

Elle se détourna et tu discernais sa tête s'orienter vers le tout petit hublot de la porte par lequel l'on pouvait tout juste voir le ciel.

Parfois, je voudrais être morte. Peut-être que je mourrais ce soir après tout.

Dis pas ça. Ce n'est qu'une autre nuit, alors regarde la lune, quête une étoile filante et espère. Imagine que tu es au bord de l'eau, que l'infini de l'horizon te représente et que tu es à des kilomètres d'ici. Que tu regardes les étoiles en souriant.

Je n'y arrive pas.

Alors ouvre les yeux et regarde comment nos deux horizons se rencontrent, la façon dont toutes les lumières s'éteignent et la façon dont la lune te guide jusqu'à ce que tu souhaites qu'elle te guide. Imagine toi aux côtés de quelqu'un qui a la foi, quelqu'un qui sait que ses cicatrices et les tiennes saigneront mais que vos deux cœurs croiront toujours que les étoiles vous mèneront chez vous.

Elle te regarda encore quelques moments et, l'espace d'un instant, tu visualisais ce que tu venais de lui dire d'imaginer et tu la discernais, là, à tes côtés. Mais elle, elle ne devait probablement pas te voir toi. Elle devait voir Raven ou encore Seth ou tu ne sais qui d'autre.
Elle sourit.

Salamandre.

Tu ne lui demandais pas ce qu'elle voulait dire par là, tu savais d'instinct que c'était son nom. Un nom qui lui allait à merveille. Alors que tu te détournais en souriant faiblement, elle prit une dernière fois la parole.

Qui aurais cru que c'était toi que je verrais dans mon imagination


(nda : le clip représente bien ce qu'il va se passer si jamais ça vous dit de le regarde)

Aujourd'hui tu as cinquante lunes. Ça fait quatorze longues lunes que tu es enfermé ici. Cinq lunes se sont écoulées depuis que ta voisine t'ait dit son nom. Salamandre. Cinq longues lunes durant lesquelles les tortures se sont multipliées, durant lesquelles nous avons tous faillis mourir plus d'une fois.
Ce matin, tu ne veux pas ouvrir les yeux. Tu en as marre de le faire et de constater que le monde n'a pas changé, loin de là. Tu ne veux plus remarquer à quel point vous êtes tous maigres à faire peur. Tu ne veux plus croiser les regards désespérés de tes camarades. Cependant, un bruit dans la cage de Salamandre te les fait entrouvrir. Elle est là, recroquevillée sur elle-même. Ses flancs se soulèvent de manière irrégulière. Elle ne va pas bien. Hier soir tu as essayé de la réconforter mais elle t'avais hurlé de la laisser tranquille. Hier a été la pire de ses journées en trois ans et quelques lunes d'enfermement. Elle a failli y laisser la vie et depuis, elle est très faible. Ton frère, lui, tiens le coup. Il est très maigre, d'accord mais lui n'a pas été jugé assez robuste pour qu'on le pique avec des tas de lames.
Il n'y a pas longtemps, tu as revu Djinn. Il était devant le hublot et a articulé le mot "bientôt". Dois-tu en déduire qu'il va venir vous chercher ? Tu l'espères. Seth aussi. Raven, elle, ne sait plus que croire. Tu la comprends. Voilà des lunes qu'elle ne l'avait pas revu et le sentiment d'abandon auquel elle a si longtemps fait face peine à s'en aller.

On va s'en sortir.

Tu fixes Salamandre et tu lui adresses un petit sourire. Vous vous entendez bien tout les deux. De vrais meilleurs amis. Complices dans la souffrance.
Tu t'apprêtais à ouvrir la bouche quand un bruit familier attira ton attention. La porte qui s'ouvrait, laissant passer un Bipède et, derrière lui, un chat. Tu ne le reconnus pas de là où tu trouvais mais tu entendis parfaitement Raven pousser un glapissement surpris.
Était-ce vraiment lui ? Ce chat dont vous ne faisiez que parler depuis des semaines. Non ce n'était pas possible. Et pourtant lorsque tu vis Raven ouvrir des yeux ronds, tu compris. C'était lui. Djinn. Plus qu'à espérer que le Bipède ne le remarque pas.
Celui-ci prit entre ses grosses mains un chat gris qui t'était inconnu. Tant mieux. Il sortit avec sa proie et tout se passa alors très vite.
Ni une, ni deux, le petit chat roux se jetait sur la cage de sa compagne et forçait sur le verrou. Quelques instants plus tard, elle était libre. Elle vint rapidement au secours de sa soeur et la libéra tandis que Djinn allait libérer Seth.
Salamandre se précipita vers ta cage et elle n'eut aucun mal à la déverrouiller. Était-ce donc si facile que ça depuis le début ?
Autour de vous, les autres chats miaulaient, criaient pour que l'un de vous vienne les libérer. Mais vous n'aviez pas le temps. Les félins oeuvrant pour les Bipèdes pouvaient rappliquer d'un instant à l'autre. Seth bondit et parvint à actionner la poignée de la porte qui s'ouvrit en grand.
La forêt et une certaine forme de liberté s'offraient à vous. Tu souris, fermais les yeux et inspirais un grand coup, remplissant d'un air pur et frais. Cela changeait des odeurs de mort et de nourriture moisie. Tu t'apprêtais à t'élancer lorsqu'une voix se rappela à ton bon souvenir.

- Murmure ! Vous m'avez oublié !

Et merde. Kami. Tu te crispais avant de venir vers lui et de tenter de déverrouiller sa cage. Mais le verrou résistait
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